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Cinquantenaire de la créature atomique oblige, la Tohei a confectionné un film d’anniversaire truffé de gros clins d’oeils kitch. Film-somme donc, que ce Godzilla final wars, qui colle miniatures vieilles comme Hérode et nouvelles technologies, arts martiaux cyberpunk et bioumans en plastique. Et puis des hommages en veux-tu en voila, rehaussé par une distanciation de petit arrogant qui se sent bien au dessus du genre pour s’y vautrer sans réserve. Car mauvaise nouvelle, le monstre déterre avec lui le micro-phénomène Ryuhei Kitamura, si si rappelez-vous, c’était en 1999-2000, à l’époque où les cinéastes autoproclamés se démultipliaient grâce à leur petite DV achetée au Darty d’en face, que sortait Versus l’ultime guerrier, fourre-tout fécal très très moche -mais d’auteur, attention- pour rôlistes décérébrés.

Ceci dit, on peut comprendre le choix de la Tohei, tant Godzilla et Kitamura restent tout deux inchangés malgré les années, unis par leur aspect à la fois spongieux et monolithique. Epave indémodable puisque officiellement démodée, Godzilla incarne à lui seul la franchise du cinéma de quartier japonais, symbole traumatique indécrottable malgré les navets en série. Aspirateur à images, toujours convulsif et brouillon, le cinéma de Kitamura pourrait sanibroyer n’importe quoi, pourvu qu’il tourne. Quand bien même il se porterait mieux, le film atteignant une forme d’abstraction épileptique lorsqu’il hache en mille morceaux ses images et dilue la narration dans un bouillon régressif et dégénéré. Poésie de l’hypnose par l’hystérie, jamais très loin, pour le spectateur et le cinéaste, de la lobotomie heureuse.

Reste la pose Kitamura, inoxydable pour longtemps, celle de l’hommage d’un genre qu’on voudrait bien enterrer par le génie du collage et une ironie affectueuse d’ex fan qui a tout compris, comme cette scène coup de griffe où Godzilla, le vrai, l’original, estourbit son ersatz américain du film de Roland Emmerich. Facile alors de se muter en archange post-tarantinesque de la modernité du cinéma bis, mais malgré tout insuffisant pour déguiser la paresse et la béance d’idées qui débordent de toute part. Car là est bien la réalité du film : laideur visuelle, apathie du rythme, décors atroces, vulgarité insatiable des cadrages, rien, absolument rien à sauver. C’est pour de rire, dirait certainement Kitamura. On a pas le même sens de l’humour.