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On parle beaucoup de cinéma sud-coréen depuis le dernier Festival de Cannes, où quelques films ont témoigné dans diverses sections de son excellente santé esthétique et de sa vitalité économique, les productions nationales rencontrant un beau succès au sein des frontières domestiques en raison notamment d’une politique gouvernementale protectrice assez ferme. Les hasards de la distribution veulent que deux œuvres originaires de la terre du Matin Calme nous parviennent la même semaine : Fantasmes qui date de 1999 et ce Girls’ night out, réalisé une année plus tôt par un ancien assistant du renommé Im Kwon-Taek : Im Sang-Soo, qui fait ici ses premiers pas dans la mise en scène. Au cœur des deux, une problématique identique -à laquelle nous avaient peu habitués les productions coréennes jusqu’à présent distribuées en France : le sexe.

Le sexe, plus que de le montrer, Girls’ night out en parle à n’en plus finir. Dans un premier temps, au cours d’interminables scènes de repas, trois jeunes femmes d’aujourd’hui partageant le même appartement s’expriment à qui mieux mieux sur la question : pour qui n’a pas entendu les mots « clitoris », « utérus » ou « masturbation » depuis quelque temps, les raisons de s’échauffer l’oreille ne manqueront pas, les autres se contenteront de bâiller et de tirer les conclusions sociologiques qui, au bout d’une longue heure, ne peuvent que s’imposer : la femme coréenne d’aujourd’hui a des désirs, les exprime, sait se servir d’un vibromasseur, s’interroge sur son plaisir, en un mot s’occidentalise. Soit. Mais passé un moment, cette parodie involontaire d’une réunion de rédaction d’un improbable Marie-Claire asiatique tourne court. Tout loisir nous est laissé de contempler une image tremblée symptomatique des hésitations de la mise en scène. C’est alors que, contre toute attente, le propos s’épaissit. Le réalisateur permet à ses personnages et à leurs interprètes d’exister en dehors du registre de la provocation verbale, les individualise enfin et cerne leurs fissures. Les trente dernières minutes du film gagnent en densité, font confiance à l’image, découpent l’espace et se préoccupent, en toute dernière instance, de dramaturgie. Au détour de plusieurs fondus au noir inattendus et d’un beau plan final sous la pluie, percent une sensibilité, une profondeur peut-être trop tardives mais qui rachètent partiellement les errements des deux premiers tiers et ne font pas totalement désespérer de l’avenir de leur auteur.