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3
sur 5

Que ceux qui apprécient l’oeuvre de Takeshi Kitano pour ses accents mélancoliques et ses yakusa au visage de marbre passent leur chemin ! Réalisé en 1995, Getting any ? pourra en effet choquer plus d’un fan, en particulier ceux qui connaissent mal Beat Takeshi, versant loufoque du cinéaste qui sévit principalement à la télévision, où il est capable des pires cochonneries.

Plutôt mince, l’argument principal du film repose sur les péripéties d’un énergumène qui n’a qu’une idée fixe en tête : s’envoyer en l’air. Dès lors, tous les moyens seront bons pour approcher la gent féminine. Avec Getting any ?, Kitano semble prendre au pied de la lettre certaines des obsessions de notre société contemporaine. Partant du principe que les femmes sont sensibles aux hommes qui conduisent de belles voitures, son héros décide de s’en acheter une qui lui permette d’avoir accès à la baise en auto Mais Asao est un pauvre type sans le sous qui n’hésite pas à monnayer les organes du grand-père à l’hôpital ou à braquer pitoyablement des banques pour obtenir le bolide de ses rêves. Très vite, cependant, Kitano semble oublier sa trame de départ et organise une série de digressions gaguesques saugrenues. Après avoir vainement tenté de remplacer un vieil acteur dans un film de sabre, Asao s’incruste par mégarde dans un clan yakusa où on le prend par erreur pour le meilleur tireur du japon, sert de cobaye à des scientifiques qui expérimentent sur lui un filtre qui rend invisible et finit par être transformé en monstrueuse mouche à merde.

Organisé en une série de sketches dont la finalité est souvent assez grasse, le film cultive un humour aux antipodes de celui des autres longs métrages du cinéaste. Au programme, fantasmes sexuels souvent misogynes (la femme devient véritablement objet, mannequin dans une auto ou prestation de luxe dans les avions pour clients de première classe), orgie scatologique (le pot géant de caca pour attirer la mouche qu’on abat avec une énorme tapette), et allusions parodiques à certains classiques du 7e art comme les vieux SF nippons du type Godzilla de Honda, S.O.S Fantômes de Reitman ou La Mouche de Cronenberg. On l’aura compris, Getting any ? relève surtout du délire régressif, imaginé par un Kitano qui se lâche allègrement. Malgré quelques longueurs et la bêtise profonde de certains gags, le film est une occasion assez réjouissante de faire la connaissance avec la facette nettement plus débridée du cinéaste, véritable Docteur Jekyll et Mr Hyde du cinéma nippon.