La chronique rurale de Lenny Abrahamson trace sans mièvrerie ni cynisme le portrait d’un idiot du village. Josie, le simplet en question, s’occupe d’un garage sur une petite route de campagne irlandaise. L’arrivée d’un jeune apprenti amène un peu de nouveau dans le train-train du garagiste. A petits pas, Garage suit le trajet tranquille de son personnage et épouse son incroyable lenteur. Scènes courtes, cadre frontal et souvent fixe, dialogues minimaux, Garage est un film simple porté par le regard sans malice de son personnage. On se réjouit que le scénario évite avec finesse les pentes savonneuses de la dramatisation facile (humiliation et bannissement du débile) pour au contraire laisser les événements glisser, naturellement et sans à-coups, de malentendu dérisoire en malentendu dérisoire jusqu’à la fin tragique.

Tout aussi précise, la figure de Josie, parfaitement interprété par Pat Shortt, star du comique irlandais, invente une silhouette et tout un art de se déplacer. Descendant des arpenteurs beckettiens, Josie est avant tout une démarche dont le dérèglement est réglé au cordeau : silhouette lourde mais ferme, cambrure du derrière, très petites enjambées, bras le long du corps, mains bien rangées ramenées sur le devant des cuisses, raide comme un piquet boiteux pendant que les pieds travaillent. Josie n’est pas une flèche, ses répliques peinent à sortir de derrière son constant sourire béat. Né fatigué, il travaille en soufflant, s’épuise en déplaçant un panneau, s’empêtre dans des tuyaux au ralenti. L’humour impose un rythme singulier entre le spectacle décalé du bonhomme, ses manèges maladroits et l’accent irlandais.

La réussite du film tient aussi au choix des personnages secondaires, l’ado à lunettes, l’épicière, le camionneur et le chasseur mélancolique. Le minimalisme de la mise en scène ne vire pas à l’abstraction : autour de Josie, Abrahamson réussit à faire exister une population et un paysage. Contrechamp de la ferraille, l’ouverture sur l’horizon de la nature, les animaux, le garage tourné vers la lande, les boccages, les prés et les lacs accompagnent le bon garagiste sur un chemin contemplatif. Peut-être certains trouveront parfois la nature trop lisible (le plan final sur le cheval) et l’acharnement du destin trop tragique, mais Garage malgré ces quelques scories produit une petite mécanique bien balancée.

Article précédentLe Tueur
Prochain articleNorman Rush – De simples mortels