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2
sur 5

« J’ai filmé ce que j’ai vécu ». Par cette invite racoleuse qui figure en bonne place sur l’affiche du film, Gangsters révèle platement ses intentions : dévoiler les dessous de la PJ, sa réalité crue et sordide (les tabassages et les gardes à vue sans fond), ses flics dépressifs et bouillonnants confrontés aux pires ennemis de la société. Rôdé par une carrière de flic (10 ans) et par une dizaine de scénarii écrits pour la série Commissaire Moulin, Marchal connaît visiblement son sujet. Son film, en cela, s’inscrit plus dans un projet type 52 sur la Une que dans une véritable perspective esthétique et cinématographique.

Ce qui touche pourtant, à la vision de Gangsters, c’est le regard sans fard que porte le film sur les flics. Comme libéré des contraintes sécuritaires imposées par le régime TV (un bon flic bien droit/des méchants bien sadiques), Marchal propose une vision inversée du métier : les bons sont ici les méchants (Anconina et Anne Parillaud en escrocs au grand cœur), et inversement (les flics sont d’atroces ripoux cocaïnomanes et dégénérés). Si la révélation finale tend à annuler hypocritement cet état de faits, reste un film assez déstabilisant et ambigu qui agit comme un remède à toutes les pires fictions d’extrême droite qui fleurissent le jeudi soir sur TF1. Le glauque, ici, contamine tout, mais la complaisance du film envers le milieu des commissariats trash de la nuit parisienne agit moins comme espace de spectacle voyeuriste que comme catharsis cauchemardesque pour le réalisateur. Il suffit de voir avec quelle tristesse est décrite la condition pathétique des policiers pour se rendre compte de l’aspect profondément « vécu » du film : jamais, sûrement, on a filmé avec autant de conviction la certitude qu’être flic revient à faire partie d’un univers de rats d’égout livrés aux soubassements sordides de la société des vivants.

Aidé par une réalisation solide et hyper-efficace lors des scènes d’action, Gangsters s’affirme moins comme un bon film de cinéma que comme une expérience-limite de télé-vérité sophistiquée : une sorte de délit d’initié réalisé en douce sur le dos de tous les Navarro du monde.