Dix ans plus tard, Haneke remet le couvert pour un « Funny games 2 » tourné à l’identique mais loin du pays, à Hollywood. Mise en abîme, la partie infernale continue sur le mode « repeat » mais perd son ressort principal, l’effet première fois de la version originale autrichienne.

Geste commercial, starification lisse ou plutôt double perversité douteuse de faire (et voir se faire) massacrer à nouveau la petite famille bourgeoise : Haneke ne se lasse pas de ce petit jeu d’une cruauté facile et complaisante. Le scénario racoleur de l’intrusion ultra-violente et malsaine (humiliation, menace latente de viol, boucherie finale à froid, bref, on connaît la chanson) qui « joue avec vos nerfs » fait toujours recette. Sauf que Funny games finit par dater sérieusement et ses coquetteries venues de la vidéo sonnent aussi très vieillot. La revoyure permet du moins plusieurs constats après-coup : en son temps et en son lieu, Funny games a été fondateur (pour beaucoup, matrice du cinéma allemand et autrichien), le transfert affadi à Hollywood laisse aussi voir combien le film est ancré dans son pays natal et enfin, Haneke a mûri depuis ce temps-là (Caché dépasse de beaucoup ce Funny games formaliste et provocateur).

A part ça, les compères avec leurs bouilles joufflues sont parfaitement choisis (le toujours ahuri Michael Pitt et l’étonnant Brady Corbet à tête de lune). C’est bizarrement dans la mise à distance, plutôt que dans la promiscuité du huis-clos, que le cinéaste réussit ses meilleurs plans avec de brusques trouées en extérieur. Le contraste prend une étrangeté troublante : filmée de loin, la première apparition des tueurs chez les voisins ou encore dans un plan au télé en contre-plongée, Naomi Watts transformée en paquet avance sur un ponton avant d’embarquer pour son dernier voyage. Enfin un peu de hauteur dans un acharnement harassant et inutile. L’exercice est intéressant, mais le jeu en valait-il vraiment la chandelle ?

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