Après Masumura et Wakamatsu, nouveau chapitre de la petite archéologie entamée par Zootrope films sur le terrain de l’érotisme nippon des 60’s / 70’s. On est loin, certes, de la splendeur baroque du premier, ou de la radicalité sèche du deuxième. Mais de Fleur secrète (second film de Konuma à être exhumé par Zootrope, après La Vie secrète de Madame Yoshino), on goûtera au moins les vertus purement historiques, le film se tenant à une double embouchure, pas négligeable, de la tendance SM 70’s. D’abord, le film, succès local, fut l’un des premiers fleurons de la vague softcore de luxe initiée à l’époque par une Nikkatsu en perte de vitesse. Surtout, il marque la première collaboration de Konuma avec Naomi Tani, égérie saucissonnée de la cinéphilie nerd qui fut couronnée « Marylin Monroe du bondage ». Le premier, maître-artisan du roman porno, ancien assistant de Suzuki, lecteur assidu de Sade et Tanizaki, adaptait ici Oniroku Dan, lui-même auteur SM prolifique et surtout moitié de Naomi Tani à la ville. Elle, diva du genre auquel elle se donna avec une délicate abnégation (elle se refusa des années durant les bains de soleil, afin que sa complexion laiteuse marquât mieux l’empreinte des galipettes encordées), n’accepta de se faire débaucher par la Nikkatsu qu’à la condition de cette adaptation.

Bordel SM, castration à tous les étages, éveil au désir dans la contrainte, petit patron gueulard et maquerelle peu amène : Fleur secrète est bardé de tout le folklore afférent au genre. Fils de maquerelle bondage, Makoto est impuissant depuis que, enfant, il a surpris les ébats vachards de sa mère avec un soldat noir américain. Petit employé docile et branleur impénitent, il se voit forcé par son patron de dresser, avec force cordelettes, son épouse splendide qui se refuse à lui. Tombant amoureux, l’avorton y retrouvera sa vigueur et la force de tenir tête à sa mère, tandis que la femme, ainsi initiée, finira par prendre goût à la chose. C’est une structure qu’on a déjà croisée dans des films voisins, toujours moins misogynes qu’ils en ont l’air : phagocytant le désir des petits salary men châtrés qui les contraignent, les suppliciées, in fine, y récupèrent toujours le pouvoir. Sur ce terrain, et quoiqu’il ne brille guère par son inventivité formelle (on est loin, sur un sujet proche, du délire grandiose de La Bête aveugle), Fleur secrète fait éclore, par endroit, un sens du grotesque pas totalement dénué de charme.

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