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4
sur 5

Dans l’océan des séries B ou Z estivales, quelques pépites surgissent parfois d’un outre-espace enchanté. C’est précisément le cas de cet Equilibrium, présenté comme une réplique impromptue de Matrix, dans un savant mélange d’effarement (l’affiche, de l’ordre du plagiat absolu) et de scepticisme, le tout poussant évidemment à aller y voir d’un peu plus près. Dans un cadre futuriste et néo-féodal, les individus sont réduits à l’état de légumes. Pour éviter tout conflit majeur, une bande de méchants technocrates a eu l’excellente idée d’éradiquer toute émotion ou sentiment du genre humain. Lorsqu’un haut fonctionnaire aux méthodes expéditives (Christian Bale) décide d’arrêter de prendre sa dose journalière de « prozium », il redécouvre son humanité et fait gronder la révolte…

Comme Replicant il y a deux étés, Equilibrium repose tout entier sur la naissance (ou renaissance), quasiment en temps réel, d’un comédien rongé par sa caricature. Jean-Claude VanDamme, superhéros délavé, retrouvait dans le film de Ringo Lam une jeunesse incandescente par la grâce d’une formidable idée de scénario (l’intrusion d’un double salvateur) ; Christian Bale, ici, retourne comme un gant ses rôles précédents de reptile à sang froid (American Psycho) par le recours à une judicieuse inversion scénaristique : non plus jouer de son visage atone et transparent mais y chercher la trace, fut-elle infime et microscopique, d’une bouleversante humanité (une larme, un tic nerveux, une petite fissure sur l’impeccable rectitude des traits). Toute la force dramatique du film repose sur ce jeu entre l’apparence trop droite de Bale et son bouillonnement intérieur, filmé comme une lente montée d’adrénaline.

Kurt Wimmer, scénariste aguerri, avait déjà réussi par le passé à transformer le lamentable et soporifique scénario du Thomas Crown de Jewison en un épatant tremplin, tout de simulacres jonché, pour les fantaisies échevelées de la caméra de John McTiernan. Avec un pâle ersatz de Keanu Reeves et une petite moitié d’Emily Watson (trois scènes à peine dans le film), Wimmer parvient à réaliser un film reposant presque exclusivement sur ces deux personnages. Mais plus encore que de cette maestria de scénariste, la vraie surprise d’Equilibrium, première réalisation de Wimmer, vient d’une mise en scène absolument stupéfiante explosant le temps de séquences d’action phénoménales qui feraient passer les scènes de combat de Matrix reloaded pour de disgracieuses entourloupettes. Petit film aux effets gigantesques, d’une rareté et d’une singularité vivifiantes, Equilibrium pourrait bien être -attendons tout de même le Terminator 3 de Jonathan Mostow-, la plus authentique surprise SF de l’année.