La radio R2i dépêche en Irak Franck Bonneville, journaliste superstar, assisté d’Albert Poussin, technicien cocu et sympatoche. Manque de bol, Poussin, qui aurait pu s’appeler François Pignon (c’était déjà pris), balance le budget voyage à la poubelle avant de rejoindre l’aéroport. Reste au tandem à bidouiller des reportages au fond d’une planque à Barbès. Entre Internet et gadgets high-tech, les deux gogos fabriquent de l’info plus vraie que nature, gobée par leur chef et tétée par l’auditeur. Même Sarko finit par y croire.

Objet paradoxal que cet Envoyés très spéciaux, parangon d’une comédie française usée jusqu’à la corde qui raccorde les trucs et astuces des boîtes à rires des années 80 à l’actu la plus brûlante. Il faut s’habituer à cette esthétique atroce, entre sitcom décrépite et naturalisme raplapla, à cette réalité en kit d’une ringardise folle (« C’était Franck Bonneville en direct d’R2i ») et admettre au bout du compte, que Claude Zidi période RipousRois du gag demeure ici le seul étalon de valeur. Difficile à avaler, mais c’est ainsi. Des sexagénaires Lanvin et Jugnot à la revenante Valérie Kaprisky, objet du désir devenue ménagère de moins de 50 ans, sous oublier, en guest, Laurent Gerra, caution grinçante préférée du public de Drucker, pas une once d’alternative se profile à l’horizon. D’où un film contraint à reproduire (plutôt pas mal) et à nier (plutôt mal) les vingt-cinq ans qui le séparent de son modèle.

Pour autant, Envoyés très spéciaux possède une base dramatique, des gammes en acier trempé, autant d’éléments introuvables au sein de la nouvelle génération. Reconnaissons à ce vieux coucou une science du rythme et une structure suffisamment solide pour aller au bout de son chemin : s’amuser gentiment de l’info spectacle (pour prolonger leur imposture, les journaleux orchestrent leur propre prise d’otage) et dérouler le tapis rouge à la doublette Lanvin-Jugnot, dans leur numéro habituel de gros costaud / grosse buse, lardé de gimmicks vaudevillesques. A voir ses deux stars puiser ainsi dans leur propre patrimoine, à défaut de laisser un héritage, la terreur de l’avenir pointe. Car si le film cartonne, qui prendra la suite ? Sim et Victor Lanoux rigoleront des traders et de la crise financière, mis en scène par Jean Marie Poiré sur une musique de Vladimir Cosma ? Pas si improbable.

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