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sur 5

Les excellents George Clooney et Mark Wahlberg ne se quittent plus. Pour le meilleur et pour le pire. Après leur escapade loufdingue au Koweït avec Les Rois du désert, les voilà grimés en vieux loups de mer tendance « Petit navire » pour une balade en bateau qui se voudrait idéalement mouvementée. Au programme de cette succession de péripéties dont le décor et le potentiel dramaturgiques sont directement inspirés du récit pointilleux, fait par Sebastian Junger, du déroulement de la tempête qui eut lieu au large de Boston en 1991 : investigation ethno-sociologique de salle de classe et séance de grand huit en toc.

Pendant à peu près une heure, Wolfgang Petersen, en bon maître d’école, s’applique à nous apprendre avec une pédagogie tout encyclopédique que les pêcheurs font un métier décidément bien dur, sacrément dangereux, peu rentable, que c’est pas tous les jours facile pour leurs femmes et encore, quand ils en ont, mais que ces gars un peu bourrus sont tous de bons bougres, courageux, durs au mal et qui ne rechignent pas à la tâche. Ouf… Si la démonstration est exhaustive, son caractère laborieux et appliqué lui ôte tout souffle de vie. Après cette introduction interminable, sorte de caution réaliste qui aura le don d’impatienter les férus d’action, le très attendu orage parfait se déclenche enfin.

Et plouf… Beaucoup de bruit et d’effets spéciaux, pour rien ou si peu. Wolfgang Petersen se noie dans un verre d’eau. Contrairement à un James Cameron qui a su identifier et mettre en scène les quelques instants clés d’un naufrage, l’auteur de cette tempête en fin de compte bien loin de la perfection ressasse indéfiniment les fades mouvements de bascule d’un bateau qui se débat face au déferlement des vagues. Lorsque la caméra ne se trouve pas au cœur de la cabine que l’on devine aisément secouée par une escouade de machinos pendant que quelques collègues balancent des bassines d’eau, ce sont des plans constitués d’images de synthèse aussi peu discrètes qu’originales qui prennent le relais. A bout d’imagination, le cinéaste greffe alors sur une action qui s’enlise, toute une batterie d’éléments dérivatifs (sauvetage par hélicoptère, etc.), excroissances disgracieuses et vaines, qui entraînent péniblement le film vers son terme. George Clooney ne méritait pas qu’on l’envoie grimper au mât d’un bateau pris dans la tourmente du siècle pour couper au chalumeau la chaîne de l’ancre qui s’y était enroulée. L’acteur sait faire rire autrement.