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sur 5

Sans cesse reportée, la sortie d’Ecarts de conduite a comme par hasard lieu en ce début d’été -période de purgatoire au cours de laquelle les ofni abondent. Côtoyant de près Le Chevalier black, Allumeuses ! ou Slackers, autres réjouissances prévues pour ce mois de juillet, le film de Penny Marshall est loin de détonner. Adapté du best-seller éponyme de Beverly Donofrio dont le dossier de presse nous dit qu’il est devenu culte pour « tout ceux qui ont vécu leur adolescence dans les années 60 », Ecarts de conduite est un drôle de mixe, entre chronique féministe genre « Combat de femme » et film d’époque où le folklore des années 60, 70, puis 80 est à chaque fois convoqué. Tombée enceinte à l’âge de quinze ans lors d’une virée en voiture avec son petit ami (on admirera au passage la finesse du titre français), Beverly est obligée d’abandonner ses études pour se marier. Flanquée d’un mari -biker loser accro à l’héroïne- et d’un rejeton qu’elle n’a pas vraiment désiré mais qu’elle aime quand même (la morale est sauve), la jeune femme ne perd pas de vue son rêve d’entrer à l’université pour devenir « écrivain ». Elle va alors se battre contre l’adversité (les couches du bébé, le ménage, les p’tits boulots) pour le réaliser.

Tout entier porté par son interprète principale, la sympathique Drew Barrymore dont le jeu enjoué ne parvient toutefois jamais à rythmer le film, Ecarts de conduite suit pendant plus de deux heures la vie de l’héroïne, de l’adolescence à la trentaine. L’occasion de se coltiner une série de vignettes censées représenter les moments clé d’une existence qu’on nous présente au final comme exemplaire. Après toutes les épreuves imposées par la vie et les rudes coups du destin, Beverly réussit à publier son autobiographie qui raconte comment elle a eu du mal, justement, à la publier cette autobiographie ! Le genre d’accomplissement personnel qu’affectionnent les Américains friands de « self improvement ». Heureusement, entre deux bâillements, le kitsch des déguisements successifs de Drew Barrymore nous sauve de l’ennui : robe crinoline sixties et choucroute qui va avec, jeans hippies, boucles d’oreille Cyndie Lauper, rien ne nous est épargné, jusqu’au maquillage Ruby Wax des années 80. Engoncée dans ses tenues, la pauvre Drew n’est jamais à son avantage et doit sûrement prier à l’heure qu’il est pour qu’on oublie très vite le film. Il y a fort à parier que son vœu sera majoritairement exaucé.