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3
sur 5

Henri-François Imbert s’est très rapidement fait connaître dans le petit monde du court métrage avec son film Sur la plage de Belfast primé dans cinq festivals. Après avoir découvert une bobine dans une caméra 8 mm achetée aux puces, il partait à la rencontre des propriétaires du film. Avec Doulaye, une saison des pluies, le cinéma est à nouveau l’occasion d’une quête, et d’un voyage.

L’objet, cette fois-ci, est de retrouver la trace d’un être cher devenu presque mythique : Doulaye, l’ami africain de son père qui passait toutes ses vacances avec eux alors qu’Henri-François était enfant. Depuis plus de vingt ans, aucune nouvelle ne leur est parvenue. « Mon père disait que la seule chose que l’on pouvait faire c’était attendre », mais Henri-François, lui, décide de partir à l’aveuglette pour retrouver le héros de son enfance. Il prend un billet pour Bamako, emporte avec lui ses caméras et s’en remet à la providence. La richesse de Doulaye, une saison des pluies tient précisément dans ce flottement, dans cette sensation qu’Henri-François Imbert se laisse porter par les rencontres pour parvenir à retrouver Doulaye. Ce sont les personnes qu’il croise qui lui indiquent ce qu’il a pu devenir, dans quelle région il vit peut-être. Chaque scène nous en dit donc un peu plus en filigrane sur l’histoire du pays, la période de la dictature, les premières élections libres, le statut d’un docteur en sciences éco… Et si le film n’évite pas toujours les clichés, comme ces prises de vue de femmes pilant le mil, il capte aussi par le biais de la quête quelques particularités essentielles de la culture africaine, tel le rôle du griot qui possède toute la mémoire des familles du pays.

En filmant seul, Henri-François Imbert alterne les prises en pellicule 8 ou 16 mm, pour les impressions de paysages, avec des prises en vidéo dès qu’il s’agit de discuter sur la durée avec les Africains. Unique défaut de cette très fine réalisation : la place donnée au commentaire. Le réalisateur se laisse parfois aller à trop parler, subtilisant la parole de ceux qu’il filme pour nous donner des détails sur l’avancée de ses recherches. Soulignons pour finir la délicatesse d’Henri-François Imbert qui se présente à Doulaye, quand il le retrouve enfin, équipé de son seul micro… L’intensité des retrouvailles n’est pas parasitée par l’intrusion de la caméra mais, au contraire, démultipliée par la seule présence du son…