Une institutrice au bord de la crise de nerfs : les petits tapent sur le système, mère surcouvante, vie de couple écrabouillée par la routine, petit éditeur en tentateur potentiel, c’est l’heure du nouveau départ. Non, affirmation de soi, prise de risques, réveil de l’artiste qui sommeillait jusque-là dans quelques cahiers scribouillés en semi cachette d’où s’exorcisent les traumas familiaux – la Shoah, pas rien non plus. Pleins de trucs à raconter donc, des belles scènes émouvantes, des repas truculents, des pointes d’humour délirant. Dans le genre polaroïd sociétal, Coline Serreau ou Agnès Jaoui n’aurait pas fait mieux.

Deux vie plus une peut se voir sans problème comme une Rolls de la comédie dramatique à la française. En fait une Smart, nerveuse, stylée, qui se case partout, plutôt fière de son identité, consciente de son caractère hyper modeste, voire anecdotique. Idit Cebula a suffisamment de doigté pour assurer le minimum syndical : Darmon et Devos assurent le film d’acteurs avec gourmandise, les seconds couteaux aussi, le portrait de femme suit le parcours fléché sans dérapages, l’humour ne fait que frôler la fantaisie bourgeoise parisianiste (ça disserte longtemps devant le frigo et ça fume des pétards en pouffant), l’enveloppe communautaire à forts relents autobiographiques se révélant un bon airbag anti-Jeanne Labrune. L’intimité comme première prétention d’auteur, un truc bien français, ça aussi. Après Truffaut, Pialat et Berri (élève studieux de Maurice), le « moi, je » peut coller au « nous sommes », ce qui n’est pas plus mal, en tout cas ici.

Ensuite ? On ne veut pas en faire des tartines sur la politique des auteurs, mais le film, en manque total de perspectives, ne se suffit pas à lui-même. Cébula sèche, sa confession thérapeutique annihilant tout enjeu potentiel. Il existe dans Deux vies plus une une forme de maturité déprimante acquise trop vite, donc forcément rabougrie, ronronnement quasi industriel qui suggère que tout est sur l’écran, fignolé, terminé, comme si rien ne travaillait plus en dedans comme en dehors. Du coup, se rattache à l’ensemble le genre tout entier, ce ventre mou et béant à la lisière du téléfilm, poids lourd de compromis érigés par défaut en légèreté (le naturalisme à deux têtes : déprimante et rigolote) dans lequel l’hésitation ne trouve même plus sa place. Cébula n’a pourtant rien fait de mal, à moins de n’attendre du cinéma qu’un gros cocon, avec l’ultra-sympatocherie comme horizon quintessenciel.

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