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Paris, un aéroport, une grève… il n’en faut pas plus à Jean Reno et Juliette Binoche pour se télescoper en salle d’embarquement. Elle (Rose) : petite esthéticienne bavarde de Seine-et-Marne, habillée comme un paquet de smarties et maquillée comme un stand des galeries Lafayette. Lui (Félix) : cuistot mal rasé devenu big businessman bougon et solitaire. Il transite entre New York et Munich, elle part refaire sa vie à Mexico, laissant derrière elle Sergio, un beauf brutal qui n’a pas su voir et aimer la femme désirante et aventurière sous les deux centimètres de rimmel dont elle est enduite. Jean Reno réussira-t-il là où Sergio a échoué ? Grâce au mouvement social des contrôleurs de l’air, c’est dans une chambre d’hôtel de l’aéroport que Félix assistera au démaquillage de Rose…

On sent l’arnaque de très loin. Premier indice : deux stars coincées dans une chambre d’hôtel, c’est forcément louche. Deuxième indice : Jean Reno + Juliette Binoche, cela ressemble plus à une équipe de VRP d’Unifrance qu’à un véritable casting. De fait, on ne saurait reprocher à Décalage horaire (rien que le titre a dû nécessiter un brainstorming harassant) un éventuel manque d’ouverture vers l’extérieur. Au contraire, il fonctionne comme une allégorie planétaire : l’aéroport vu comme un agrégat de stands au marché du film, les avions comme métaphores des films français (parfois ils décollent, parfois non), Binoche et Reno en hôtesse de l’air et steward assurant le service à bord, équipage bilingue à l’aise des deux côtés de l’Atlantique.

Entre Jean Renoche et Juliette Bino (ou l’inverse), rien ne passe, et la misérable post-synchronisation qui dispense les comédiens d’articuler ne change rien à l’affaire. Aussi mauvais l’un que l’autre, ils rivalisent de cabotinage hypocrite dans un projet qui ne doit rien à la sincérité et tout au cynisme. L’effacement des personnages au profit de la star y est franchement fétide. Décalage horaire est une tentative de fictionaliser la rubrique potins de Gala. Autrement dit, imaginer une véritable idylle en milieu clos entre Reno et Binoche. Du coup chacun doit se débarrasser de son maquillage pour redevenir l’icône qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être. Logiquement, c’est quand Binoche finit par se débarbouiller qu’elle devient, pour Reno, objet de concupiscence. Et Rose, la petite banlieusarde, retourne au placard…

Exclusivement pensé pour l’export, pour rééquilibrer les plateaux de la balance du commerce extérieur du cinéma français, Décalage horaire affirme sa nullité et son inutilité avec une telle insolence qu’il prend ouvertement son public pour un troupeau de vaches à lait. Alors, histoire de vérifier une fois de plus la validité de l’adage « Changement d’herbage réjouit les veaux », allons voir de l’autre côté de la clôture.