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sur 5

Le jeune cinéma fantastique espagnol, ses premiers de la classe (Alejandro Amenabar, Alex de la Iglesia), ses aspirations métaphysiques et ses aspirateurs de références américaines : on est de plus en plus près de la saturation. Darkness, deuxième long métrage de Jaume Balaguero après l’affreux La Secte sans nom, dit bien où en est cette pseudo nouvelle vaguelette : désir de corps à corps avec le cinéma américain auquel on ne craint plus désormais d’emprunter le dialecte et les acteurs (Anna Paquin et l’ex-bergmanienne Lena Olin). Il y a chez Balaguero et les autres un désir puéril de reconnaissance qui, une fois acquis (Darkness est une coproduction américaine), leur donne un sentiment de puissance et un ridicule esprit de sérieux.

Une famille d’Américains emménage dans une maison sale et isolée, au coeur de l’Espagne. Le papa est nerveux et capable de brusques accès de colère (genre « all work and no play make Jack a dull boy »), le petit garçon est à la fois effrayé et attiré par l’obscurité (genre chambre n° 237), la mère semble un peu naïve, la fille aînée, plutôt débrouillarde et intuitive, s’est quant à elle amouraché d’un régional de l’étape. Bientôt des spectres d’enfants apparaissent, un peu comme si dans cette maison s’était déroulé, quarante ans plus tôt, de tragiques et sanglants événements…

Une double attirance pour les décors malades et les enfants martyrs égorgés par des illuminés de sectes millénaristes (La Secte sans nom, déjà, était friand de sang juvénile) résume à peu près l’horizon thématique du réalisateur. De loin, et malgré l’aspect lugubre de telles obsessions, cela pourrait apparaître comme le signe avant-coureur de sa possible auteurisation (le retour d’une même figure déclinée à l’infini). Mais la reprise des mêmes motifs se réduits ici à une redite glauque rabâchée jusqu’à l’écœurement par une mise en scène elle-même sinistre. L’ambiance délétère sécrétée par la présence du mal au coeur de la maison surcharge un film déjà graisseux plus qu’elle ne fait ressentir les présences et des forces maléfiques tapies dans les recoins. Darkness est une ritournelle hautaine et crasseuse, sa posture présomptueuse (le diable, le Mal absolu, présenté comme le seul méchant et challenger possible) épouvante davantage que ses patauds accès horrifiques.