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3
sur 5

Resté dans l’ombre de son « Fritz The Cat », personnage de B.D. -lui ayant filé entre les doigts pour une adaptation cinématographique- nettement plus réputé que son auteur en France, Robert Crumb apparaît ici comme un être monstrueusement charismatique. Il est d’ailleurs, pour reprendre les mots qu’il place dès le début du film, « un très bon sujet pour un documentaire »…

Le premier problème de ce film se pose donc très tôt : comment exploiter un sujet à ce point intéressant ? Les choix de Terry Zwigoff par rapport à cette question constituent les failles principales de Crumb. Le cinéaste en effet, a ponctué son film de séquences qui plongent le spectateur dans l’intimité du dessinateur. Ce parti-pris, relativement acceptable en temps normal, (à la condition de ne pas pousser le bouchon trop loin façon Mireille Dumas), ne gêne que moyennement dans les premières minutes. Mais, par la suite, on a droit à papa Crumb jouant avec sa fille à la GameBoy, ou encore à Charles Crumb (frère du dessinateur) ayant un débat avec sa mère sur l’opportunité d’un dentier acheté 200 dollars, qu’il refuse de porter…

Quel intérêt peut-on porter à ce genre de détails ? Il est parfaitement logique, vus l’oeuvre et le personnage passionnants qui nous sont présentés ici, qu’une esquisse du Robert Crumb -être humain caché derrière ses bandes dessinnées- nous soit tracée. Le fait de nous introduire à l’univers qui l’entoure est même quasi indispensable. Mais Zwigoff a fait de son film quelque chose de bien trop long avec des passages où l’on s’ennuie vraiment.

Cependant, certaines séquences intimistes mises de côté, Crumb montre un personnage fascinant qui, à lui seul, sauve beaucoup les meubles. Acharné à se payer la tête du modèle américain ou encore à employer le politiquement incorrect comme langage courant de ses B.D., Robert Crumb est d’un cynisme à hurler de rire -ou à se poser parfois des questions quant à sa santé mentale.

Inutile d’être un fanatique du dessinateur et des « comic books » des années 60 / 70 pour apprécier ce portrait d’un anticonformiste ayant réussi à canaliser sa folie afin de la reporter sur les planches. Et malgré son rythme assez gênant, il ressort tout de même de Crumb une des faces honteusement cachées mais révélatrices du rêve américain. Seulement, Terry Zwigoff n’en est apparemment pas le responsable, simplement un interprète des mots et dessins de Robert Crumb pour l’écran.