Charles Boyer (André Dussolier) prépare sa valise à l’aide d’un pense-bête. Il finit par emporter son P38 (un pistolet). Qui est-il, que fait-il ? Quelle est cette ambiance – de chambre d’hôtel à déserter au plus vite, ou d’intérieur papi où tourner en rond ? Le fils (Julien Boisselier) accompagne son père à la clinique. Les symptômes de l’Alzheimer sont suffisants : on a la preuve que Charles Boyer est malade. Puis le film s’en tient à une description presque documentaire : le quotidien d’une clinique spécialisée dans le traitement de l’Alzheimer, son cortège de malades, son équipe de soignants, le tout dans un décor épuré (un couloir, une promenade en cercle, un bloc C derrière la grille, un système d’éclairage). Certes, Charles est un ancien flic et soupçonne le meurtre de plusieurs patients, mais il est malade, donc on ne sait pas quel crédit lui donner. Est-on censé savoir que Boukhrief est le co-fondateur (avec Christophe Gans) de Starfix, un magazine qui, dans les années 80, défendait aussi bien les cinéastes du nouvel Hollywood que les polars et films d’horreurs américains ? Pendant 90 minutes, on ne sait pas s’il y a matière à enquête policière, donc s’il y a une intrigue. Le « film de genre moderniste », c’est un peu la limite, et l’intérêt deCortex. Boukhrief risque l’analogie entre le fonctionnement par éclairs d’une mémoire défaillante et l’avancée d’une enquête qu’aucun fait objectif déterminant ne justifie. On est dans la tête d’un homme en train de perdre irrémédiablement la mémoire, et on peut croire que son obsession policière est sa manière de lutter contre la maladie. L’hypothèse classique aurait consisté à rendre vraisemblables les meurtres en série. Dans Cortex, il faut attendre les cinq dernières minutes pour savoir s’ils ont vraiment lieu. Cortex est l’inverse de Shock corridor où, pour démasquer un meurtrier, un journaliste ambitieux se faisait interner, puis succombait à la folie.

Pari original : noyer la possibilité même de l’enquête dans l’oubli fatal des indices à recouper, noyer la possibilité même du polar dans la description d’un milieu clinique. Et pari économe : le film est à 70% fait de plans sur Dussolier (dont beaucoup sont des gros plans, avec changements d’éclairage : veilleuse violette, ou pas). On se retrouve quadruplement enfermé : dans la clinique dont on ne sort presque pas, dans la tête de l’ancien flic dont la mémoire périclite, dans la paranoïa ambiante (celle des malades, celle de l’ancien flic qui est malade, celle des soignants), et dans la logique d’un film en définitive cérébral. L’incertitude dans laquelle on est maintenu est à double tranchant. Si on penche d’un côté (l’ancien flic a raison, donc il y a du suspense), le film se tient sur le fil du borderline. Si on penche de l’autre (il est malade, donc il n’y a pas de suspense), on s’ennuie devant des réflexes professionnels sans objet, on manque de basculer devant le spectacle de l’Alzheimer dont les malades ressemblent à des acteurs qui jouent les cinoques.

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