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4
sur 5

Pas étonnant que le film de Christian Petzold laisse défiler ses premières images sur une sublime chanson de Tim Hardin, How to hang on to a dream. Comment s’accrocher à un rêve : c’est en effet le grand sujet de Contrôle d’identité, bel objet profondément travaillé par la persistance des utopies, les idéaux impossibles, les projets nobles qui, au fil du temps, se désagrègent inexorablement. Soit trois personnages : Hans et Clara, la quarantaine, et Jeanne, leur fille de 15 ans. Une famille de pirates, abonnée aux trafics divers et variés, sans adresse fixe, vivant au jour le jour dans l’angoisse permanente, mais libérée du travail, des impôts, du loyer, bref, du joug aliénant imposé par la société. Tout irait pour le mieux au pays de l’illégalité si Jeanne ne manifestait les signes préoccupants de la puberté. Lasse de sa solitude imposée (elle n’a jamais été scolarisée) et des bouleversements abrupts liés à son existence nomade, l’adolescente s’entiche d’un jeune surfeur allemand échoué sur une plage portugaise. Cette rencontre a priori anodine sera fatale à l’équilibre précaire de la structure parentale et de sa folle embardée.

En adoptant le point de vue de Jeanne plutôt que celui de ses géniteurs, Petzold annonce clairement ses enjeux : les pulsions de la jeunesse contre la stratégie des adultes, les affects contre la sécurité. Parce qu’elle aspire à la lumière, la vérité, la « normalité » tout simplement, Jeanne met en péril ses propres convictions et sombre dans une sorte de somnambulisme sentimental, sans passion ni révolte véritable, mais comme guidée par un irrépressible besoin de proximité sensuelle. C’est dans ces moments d’errance amoureuse que le cinéaste excelle. Les menaces extérieures, le danger qui semble poindre à chaque coin de rue, les routes qui défilent avec une régularité inquiétante, la mort même : plus rien n’effraie la jeune fille, car tout, désormais, fait écho au souvenir, au visage de ce garçon, et à l’espoir de le revoir un jour. Qu’importe si la réalité n’est pas à la hauteur de ses aventures fantasmées, Jeanne aura eu enfin l’impression de vivre pleinement. Et nous de ressentir comme rarement les tourments enivrants de l’adolescence.