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sur 5

Qu’attendre d’Agnès Jaoui et de Jean-Pierre Bacri, sinon un film choral de plus pétri de complaisance et de moralisme bon teint ? Rien d’autre. C’est donc reparti pour une petite fable douce amère de plus sur les bobos d’aujourd’hui, avec images léchées et trame de savoir-vivre au ton de vieux gaucho faussement désabusé. Cette fois, Jean-Pierre Bacri s’appelle Etienne, un romancier surpuissant et admiré, donc monstrueux pour sa cour gauche-caviar. Sa jeune épouse et surtout sa fille, ado de talk show complexée par ses kilos en trop sont en première ligne. Suivent un attaché de presse souffre-douleur et un autre romancier dont le succès fulgurant déstabilise son couple. Et puis Agnès Jaoui boucle la boucle en prof de chant classique, qui sait tout, voit tout, et ne peut s’empêcher de régler les micro-injustices socioculturelles en petit Salomon de Prisunic.

On passera rapidement sur l’extrême indigence de l’intrigue, banale copie carbone des films précédents. A la rigueur, si Comme une image se démarque, c’est par un pédantisme incommensurable disséminé tel un parfum d’ambiance à longueur de bobine. Il est même dommage que Jaoui n’en fasse consciemment pas son grand sujet, tant le film s’avère être l’enregistrement live de son renflement égotiste. Plus le film avance, plus il installe une vision maladivement mégalo où l’observation se mue en petite chronique hargneuse puis en bras d’honneur mental à ceux qui ne sont pas d’accord. Car Jaoui via son personnage fortement revendiqué autobiographique, s’auto érige en femme compréhensive et libre, en apôtre d’un bon goût que ne renierait pas la plus légère Amélie Poulain : écouter du chant classique dans une petite église de province et cracher sur Ardisson, respecter ses vieux copains, les conseiller sur les choses de la vie et corriger les cons prétentieux ou égoïstes qui peuplent cet atroce univers parisianiste.

C’est là le triste paradoxe de la fameuse doublette. Bacri et Jaoui ont beau claironner le retour des choses simples, ils ne montrent ici qu’une série de people chics et de bobos en tout genre. Pire que vain, ce cadre étrique la démonstration, toujours au stade de la vanne et de l’enfoncement de porte ouverte. L’ego de Jaoui enfonce définitivement le clou, filmant les lieux communs (du genre femmes au volant mort au tournant ou les hommes préfèrent les blondes…) avec un souci de gravité et d’élégance qui confine au pathétique. Reste le jeu de Bacri, toujours le même, mais suffisamment délicat pour jouer avec la répétition et explorer les quelques états de monstruosité ou de frustration qu’il lui manque à couvrir. Mais sa copine veille au grain. Pas de claque à la Poelvoorde, pas de méchanceté gratuite. Juste une atroce condescendance qui finira bien un jour par insupporter le plus fervent des supporters du tandem le plus surestimé du moment.