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sur 5

« Au mois de novembre 1999, la censure libanaise a interdit le film. Par la suite, les extrémistes religieux sunnites ont menacé une partie de l’équipe libanaise. Nous avons été dans l’obligation de biper quatre passages du film et d’en retarder la sortie. » Voilà comment le dossier de presse de Civilisées résume une affaire qui depuis des mois a mis en émoi le monde du cinéma. Grâce au soutien du syndicat français de la critique, l’association Reporters sans frontière et l’association des Lumières de la presse internationale, le film de Randa Chahal Sabbag sort donc enfin sur les écrans après avoir été montré en sélection officielle à la Mostra de Venise en 1999, puis au Liban dans une version amputée de 47 minutes (plus de la moitié du film) par la Sûreté générale libanaise.

Les spectateurs français auront finalement droit à la version originale avec seulement quelques passages qui échapperont à leurs oreilles. Lesquels ? Des propos à connotation sexuelle très crus ou des atteintes à l’Islam. Ce n’est pas vraiment le sujet du film qui est en cause -une comédie qui se déroule dans un quartier de Beyrouth pendant la guerre-, mais la liberté avec laquelle la réalisatrice s’exprime, sans tabou, ni retenue. Dans un monde détruit, déserté par les puissants, les fortunés, ne demeure qu’un peuple dépareillé : villageois libanais, immigrés soudanais, ex-milicien, médecin de MSF… Filmé caméra à l’épaule par une réalisatrice venue du documentaire, Civilisées nous fait pénétrer le quotidien déjanté de ces habitants d’un quartier de Beyrouth. En temps de guerre toutes les folies semblent possibles, comme dynamiter un chat par exemple. Aucune continuité scénaristique n’est instaurée par Randa Chahal Sabbag qui court d’appartement en appartement, et cette fragmentation reflète précisément l’éclatement de la société libanaise… entre folie et désespérance !