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2
sur 5

A première vue, Chouchou a vraiment de quoi effrayer : une comédie sur un des sujets préférés de la télé, les travelos, portée par un comique populaire et réalisée par un cinéaste en perte de vitesse (voir le précédent film d’Allouache, L’Autre Monde, pétri de bonne conscience). Mais Chouchou ne marche heureusement pas sur les mêmes plates-bandes que le Pédale douce de Gabriel Aghion et assume plutôt joyeusement la naïveté de son propos. Fraîchement débarqué du Maroc, Chouchou (Gad Elmaleh) se fait passer pour un exilé chilien afin d’obtenir l’asile politique. Il est recueilli par le père Léon (Claude Brasseur, sobre pour une fois) en charge d’une paroisse dans la banlieue parisienne. Petit à petit, le jeune homme laisse libre court à ses véritables envies -le travestissement et les garçons- et commence à intégrer la nuit parisienne, notamment le cabaret L’Apocalypse, décalque bon enfant de Chez Michou. C’est là qu’il rencontre Stanislas (Alain Chabat), fils de bonne famille venu s’encanailler : le coup de foudre est immédiat. Faisant fi de tout réalisme, Chouchou développe son intrigue avec la même évidence que les contes de fée : un prince, une princesse et un mariage à la fin. Car l’histoire ne repose en fait que sur un argument : la prestation spectaculaire de Gad Elmaleh.

Reprenant le fameux personnage des ses one man shows, le comique réussit à incarner un travesti tout en finesse et délicatesse sans jamais tomber dans la vulgarité, ni la facilité. Le film repose d’ailleurs sur son unique numéro et l’on se prend même à attendre chacune de ses répliques ou de ses poses. Merzal Allouache l’a bien compris qui se contente de suivre prudemment son acteur principal, soulignant parfois sa performance avec des gros plans. Quasi inexistante, la mise en scène ne sert donc ici qu’à accompagner le jeu des acteurs (dans l’ensemble tous impeccables) comme si elle s’effaçait derrière eux. Inutile de chercher du cinéma dans le film, Chouchou ne fonctionne que grâce à ses interprètes et prouve que, parfois, leur talent est capable d’animer la plus médiocre des réalisations.