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3
sur 5

Aujourd’hui encore, Chicago, pièce créée en 1926 et transformée en comédie musicale par Bob Fosse en 1975, fait preuve de beaucoup d’audace par son sujet. Une apprentie starlette et une étoile sur le déclin, toutes deux emprisonnées pour meurtre, se disputent l’exclusivité d’un avocat célèbre dont le principal talent est de manipuler la presse. Cette comédie satirique titille avec précision les failles du couple institutions judiciaires/médias, uni par un même dévouement sans borne au culte de la célébrité. Quitte à laisser le champs libre à une inévitable corruption et à la perversion de leurs fonctions réciproques qui en découle. Qu’à cela ne tienne, Roxie Hart (Renée Zellweger) et Velma Kelly (Catherine Zeta-Jones) sauront y répondre par le cynisme nécessaire (tous les moyens sont permis pour arriver au sommet), au point de remporter la partie sur ce terrain nauséeux. Féminisme étincelant et homosexualité suave (Queen Latifah dirige avec fermeté et bienveillance les prisonnières) enveloppent ce discret brûlot au fond très politiquement incorrect d’un air délicieusement rebelle.

Rob Marshall se coltine ce matériau pourvu d’un fort potentiel visuel avec un certain savoir faire mais sans pouvoir en retirer toute la sève. Quelques chorégraphies très réussies (le procès traité en version cartoon, la présentation des meurtrières, le final sur fonds de mur d’ampoules notamment), un duel brune-blonde au couteau arbitré par un Richard Gere excellent en vieux cabot et par une Lucy Liu plus vénéneuse que jamais tirent vers le haut un ensemble qui enchaîne habilement scènes de cabaret et réalité. Pourtant, la mise en scène peu innovante reste finalement assez frontale et ne parvient pas à donner un relief cinématographique très aiguisé à un sujet pourtant tranchant. D’ailleurs dans cet enchevêtrement d’illusions et de réel, le choix de distinguer ces deux pôles avec netteté par un montage alterné n’est peut-être pas le meilleur. Néanmoins, ce léger manque de virtuosité ne gâche pas le plaisir de voir un duo de garces profiter sans remords des vices d’une société dominée par les hommes.