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3
sur 5

Le passage de la télé au cinéma se réduit le plus souvent à une question de budget. On reprend les personnages, le concept d’origine et on les injecte dans de grosses machines friquées, boursouflées par des effets spéciaux dernier cri (voir les récents et catastrophiques Wild Wild West ou encore Chapeau melon et bottes de cuir). Aujourd’hui, c’est au tour de Drôles de dames, sympathique série des années 70 dont les trois héroïnes sont des détectives privés particulièrement sexy. Archi-diffusé sur les différentes chaînes, Drôles de dames est devenu au fil des années une série soi-disant « culte » chez les trentenaires qui, déjà en proie à la nostalgie, se souviennent la larme à l’œil de leurs samedis après-midi passés devant le petit écran. Parmi eux, certains entonnent la chanson de L’Ile aux enfants à la moindre beuverie, d’autres mettent le générique de La Croisière s’amuse sur leur répondeur, d’autres encore vouent une admiration démesurée aux brushings et tenues kitsch de Sabrina, Jill et Kelly, les fameuses Drôles de dames. Pourquoi pas ? Il n’y a pas de sous-culture et la génération séries est certainement ravie que les trois bimbos seventies reprennent du service.

Contre toute attente, la version 2000 est plutôt réussie. Certainement pas à cause du scénario qui se réduit à trois lignes, une par scénariste crédité au générique. De toute façon, l’histoire en elle-même a peu d’importance, elle n’en avait déjà aucune dans la série, où l’imagination des auteurs était mise à contribution pour une seule chose : trouver l’occasion de montrer ces dames en maillot de bain. Cette fois, tout ce que l’on peut dire c’est que le trio est chargé de retrouver un millionnaire kidnappé, inventeur d’un logiciel informatique révolutionnaire lui aussi disparu. Le scénario n’étant qu’un alibi, la principale attraction demeure l’hydre sexy à trois têtes. Or, face à l’hypocrisie perverse de l’original -la série se présentait comme féministe alors que son but était d’exhiber à satiété les généreuses formes de ses héroïnes-, le film marque résolument sa préférence pour le second degré. La parade peut alors commencer : tenues affriolantes dont on change le plus souvent possible, croupes tendues vers le spectateur, chemisiers déboutonnés jusqu’au nombril… C’est pas très fin mais le film a au moins le mérite de révéler la véritable nature de ses protagonistes : des poupées gonflables sur Celluloïd.

De la série, il ne reste pas grand-chose : le film est avant tout un joyeux fourre-tout ; clins d’œil à différentes séries télé (en particulier Mission impossible) et scènes d’action totalement irréalistes lorgnant férocement vers Matrix. Kung-fu, danse du ventre, pilotage de Formule 1, ces James Bond girls à qui l’on donnerait enfin le beau rôle savent tout faire et autant le montrer. En résulte une succession de sketches un peu foutraques mais dont l’humour le plus souvent décalé permet au film de se distinguer du banal produit de consommation qu’il aurait pu être. Evidemment, il y a plus de jolies coiffures et de belles tenues dans Drôles de dames que d’idées, mais tout ça a le mérite de ne pas se prendre au sérieux.