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2
sur 5

Dans Tootsie, ce n’est qu’après des kilos de fond de teint étalé et des semaines d’épilation que Dustin Hoffman prétendait connaître un peu mieux les femmes. Mel Gibson n’a lui besoin que de quelques minutes et d’une pointe de fantastique (normal, ce n’est pas une lopette de l’Actor’s Studio mais un mec, un vrai). Donc, au début de Ce que veulent les femmes, Nick Marshall, un publicitaire particulièrement macho (alias Mel Gibson, bien évidemment), tente par tous les moyens, pour les besoins d’une campagne, de comprendre la psychologie féminine. Pour ce faire, après quelques verres de trop, « Macho Man » prend le taureau par les cornes et tout y passe ; enfilage de collants, vernis sur les ongles et même patchs anti-points noirs (on ne savait pas que les pores bouchés étaient exclusivement féminins…). C’est un véritable arbre de Noèl qui tombe avec le séchoir à cheveux allumé dans la baignoire, mais, au lieu d’être électrocuté, Nick se retrouve soudainement doté d’un pouvoir dont tout le monde rêverait : la capacité de lire dans les pensées des femmes.

Si l’on s’abstient de jouer les chiennes de garde et donc de pointer du doigt le sexisme larvé du film (le fait d’être femme se réduit à de simples accessoires ; talons aiguilles, rouge à lèvres, etc., comme si pour savoir ce qu’est un mec il suffisait de porter un marcel et de lester son slip), la première partie de Ce que veulent les femmes est plutôt drôle. En faisant de Nick Marshall un personnage amoral la réalisatrice tire assez bien parti de son unique et bonne idée de départ. Puisqu’il sait ce que pensent les femmes autant qu’il s’en serve pour coucher avec elles ou encore piquer les idées de sa rivale, la nouvelle responsable de la direction artistique de son agence de pub (Helen Hunt). Les gags s’enchaînent, Mel Gibson en fait des tonnes, mais cela passe jusqu’au moment où le film débouche sur une pesante comédie romantique. Car une fois le « gimmick » exploité jusqu’à la lie, le gros rustre opportuniste doit tirer les leçons de ce don tombé du ciel.

La deuxième partie est celle de la métamorphose : N. Marshall devient un bon samaritain qui tombe amoureux, sauve une femme du suicide, et même empêche son ado de fille d’être dépucelée. Avant d’être une sympathique comédie, comme le laissait présager le début, le film est donc avant tout un produit dont l’atout majeur est M. Gibson. Or, un sex-symbol (tous les goûts sont dans la nature) ne peut être foncièrement méchant ; il fera donc son mea culpa et terminera dans les bras de la femme aimée… Plutôt que de s’intituler Ce que veulent les femmes le film aurait dû aller jusqu’au bout de sa véritable nature et s’appeler Ce que veulent les spectatrices (tout du moins selon les départements marketing de Hollywood).