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Oh le gros nanar, voyez-le : Leo (Titoff, énorme, on y revient, 1) est le petit prince des nuits parisiennes -sorties en boites de nuit des fois jusqu’à plus de 4 heures du matin, pratique assidue d’un instrument de musique (on y revient aussi, 2), peut-être même usage de substances illicites voire flirt avec des filles. Et puis le drame : fauché par un accident de la route, cloué dans un fauteuil, Leo doit réapprendre le goût de la vie. On rigole, mais attention, attention à l’émotion : Cavalcade n’est pas seulement un non-film, c’est une histoire vraie de vraie, 100% pure leçon de vie sur le courage et la force d’aimer et tout et tout. Leçon, oui, comme on fait la leçon. Par-delà le bien et le mal, l’impayable Steve Suissa (on y revient encore, 3) bafouille tellement son hommage à Leo qu’il est toujours à deux doigts de se prendre les pieds dans le tapis, de dire pile ce qu’il ne veut surtout pas dire. En l’occurrence, que le Leo, ayant bien profité de la vie, se voit comme puni par elle.

De toute façon, Cavalcade restera dans les annales du cinéma poids plume de coq surtout pour ses qualités esthétiques, qu’il a immenses. Les vingt premières minutes, monumentales, bavent des ralentis wongkarwariens du tout d’une grande poésie (Titoff fume sa clope, ralenti ; Titoff est largué par sa copine, ralenti). Et tout le film est barbouillé de plans de cinéma archi laborieux (le ciel, le soleil, etc.), pathétique tentative de grandeur et de lyrisme. Et surtout, il accumule les morceaux de bravoures (Bohringer en docteur courage, grand), les clafoutis d’émotion (grandes tirades fameuses sur la force de la vie), joue au grand film remueur de foules, ne fait que rendre absolument ridicule le témoignage qu’il entend magnifier.

On y revient, trois choses :
1. Titoff est grand : dans la grande tradition des nanarissimi à la française, l’actor multiplie les exploits d’anthologie. Le meilleur, un clip fou monté fun : au centre de rééducation des paraplégiques, Titoff tente de jouer au medecine ball seul face à la caméra, sur un air de samba.
2. Leo, musicos branché comme c’est pas permis, joue du synthé debout. C’est peut-être un détail pour vous, mais pour le film ça veut dire beaucoup. Parce que jouer du synthé debout, comme José dans le groupe de trash-métal d’Hélène et les garçons, c’est toujours le signe d’une indécrottable ringardise, ambiance Jacky et son orchestre.
3. Steve Suissa, réalisateur comique dont on suit attentivement la carrière éternellement résumée à des films de 90 minutes (un signe qui ne trompe pas), ne peut s’empêcher d’apparaître dans ses chefs-d’oeuvre. Là, c’est énorme : dans la peau du frère pieu de Leo, Steevy incarne un moine en robe de bure hyper sympa.