Milieu des années 70. Pendant que tous les gamins occidentaux du monde refont dans les cours de récré les « toudoudoudoudou… » des super-sauts de Steve Austin, les mômes japonais ont eux aussi leur héros bionique. Il s’appelle Casshern, et c’est le héros d’une série de japanimation qui doit sauver la planète attaquée par de méchants androïdes créés par son père. Trente ans plus tard, le film de Kazuaki Kiriya n’a conservé que la trame d’une série oubliée -pour de bonnes raisons : son animation comme ses scénarios étaient indignes des pires épisodes de Goldorak. Dans la nouvelle version de Casshern, un généticien obsédé par la maladie de sa femme, dégât collatéral d’une guerre bactériologique entre l’Europe et la fédération des pays orientaux (!), devient le héros d’une fraction rebelle et la victime d’une expérience virant au vinaigre.

Kiriya, un photographe et clippeur très populaire, connaît peu ou prou la même chose depuis la sortie de son film au Japon l’an dernier. Les ados vénèrent ce film, bidouillage de petit génie de l’image de synthèse, rejeté violemment par la presse et le milieu. Il faut avouer que Casshern a de quoi laisser perplexe. D’un côté, la volonté de rejoindre la tendance visuelle rétrofuturiste de la japanimantion récente, de Ghost in the shell 2 : Innocence à Steamboy ; de l’autre, l’inconséquence absolue d’un scénario primaire ou l’on apprend par exemple que la-guerre-c’est-pas-beau.

Il y a donc ici à la fois la virtuosité artistico-économique d’un film conçu pour un centième du budget du moindre Star wars, et une vacuité totale faisant passer Matrix reloaded pour un modèle de tragédie shakespearienne. Visuellement, Casshern est un prototype de blitzkrieg numérique, assemblage de CGI et d’archives assimilant techniques préhistoriques et les sommets high-tech actuels, au service d’un scénario uchronique dont ce qui laisse pantois n’est pas son aspect souffreteux, mais son nihilisme vain. Kiriya avait sans doute l’ambition de vouloir faire le 1984 de l’ère du clip, cherchant à faire entrer dans un monde purement virtuel un très concret programme politique écolo. Que les Otakus aient élu ce film comme leur nouveau manifeste est une bonne nouvelle si l’on estime que Casshern les remet en contact avec la réalité du monde contemporain. On est beaucoup moins sûr que l’effet soit le même sur un grand public qui sortira assommé par un typhon visuel martelant 2h20 durant un montage hyperkinétique et un son à exploser les baffles de tout home cinema en 5.1. N’en déplaise à Kiriya, si Casshern confirme, après le Sin city de Robert Rodriguez, que le moindre nerd est désormais capable de faire un film dans son garage, sans vision cohérente, la révolution numérique est pourtant loin d’être en marche.

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