PARTAGER
1
sur 5

Le succès de la trilogie Saw inspire les sans-grade d’Hollywood, prêts à farfouiller les poubelles du système en quête d’une improbable pépite. Captivity nourrit le fantasme du petit film qui relance une carrière, opportuniste et choc tout en assurant ses arrières – c’est pas moi, c’est la faute au genre. Hélas, la réalité reprend vite ses droits ici : point de série B inventive crevant l’opacité du cahier des charges horrifique, rien qu’un produit tournant à l’énergie du désespoir, soit désespérant et désespéré. Roland Joffé, palmé dans les années 80 (Mission), occis au cours de la décennie suivante (La Lettre écarlate, Vatel), est aujourd’hui parfaitement carbonisé. Plus de grammaire, plus de statut, il accomplit sa tâche en bon has been, tapant à la porte du monde moderne, déguisé en jeune, une bonne rasade de méthode Coué dans le ciboulot.

Le scénario les caresse les djeuns, à commencer par sa scream queen campée par la plantureuse Elisha Cushbert, une Scarlett Johansson version pornographique que les ados connaissent par cœur (fille de Jack Bauer dans 24 heures). Top modèle à chien-chien, la voilà kidnappée puis séquestrée dans une cave par un psychopathe manipulateur. Fort Boyard commence : boire un cocktail de sang humain et d’oreilles passées au check-up, s’enfuir par le conduit d’aération, résister au gaz lacrymogène, choisir de tuer son toutou plutôt que de prendre une balle dans la tête. Si l’on s’en tient à l’écriture, la première demi-heure est assez plaisante. Le genre aboie, la mise en scène passe, la jouant fine par instants telle la fausse plaie que l’héroïne se décolle fébrilement du visage, se croyant défigurée à jamais.

Puis les bonnes intentions patinent et le film sombre définitivement dans le grand n’importe quoi. Joffé semble comme aveugle, suivant la narration avec la maturité d’un gamin de 8 ans dont il partage aussi l’enthousiasme naïf. On oxygène le huis clos : un nouveau djeuns, masculin cette fois (un ersatz d’Orlando Bloom), gratte la peinture noire de la cellule de la donzelle. Échange des deux détenus, complicité immédiate, incarnation de la bonne vieille théorie du cachot : plaisir quasi-sadique de partager son marasme. On espère un développement et puis non, Joffé préfère le syndrome de Stockholm version mongolo : les deux s’enlacent sous l’œil complice du sadique, ça cache une grossière machination. Partant d’enjeux primitifs, le film se complique subitement la tâche, cherchant le portrait de psychopathe piqué de romantisme (la mise en scène s’effondre), puis revient au thriller pur en triple boucle piquée avec la grâce d’un Candeloro contusionné. Roland Joffé n’est pas prêt de remettre les pieds à Cannes.