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Jeanne Labrune ne fait plus de films, mais des fantaisies. Ça ira mieux demain, son précédent ouvrage, était une fantaisie. C’est le bouquet ! est aussi une fantaisie. C’est le bouquet, mais ça ira mieux demain… on attend -impatiemment- un hypothétique troisième volet à ce qui ressemble à une trilogie sur le rabougrissement d’une certaine gauche caviar, pédalant dans la semoule de sa bonne conscience auto-satisfaite. « Y a plus d’saison » est un titre possible, il y en a bien d’autres. Jeanne Labrune aujourd’hui, c’est un peu la gauche relookée par les fiches cuisine de Madame Figaro. Du cinéma ménager, dérapant à peine sur les parquets cirés sur lesquels il se plaît à glisser pour cadrer au plus près les besogneux caractères qui le peuplent, pour bien les voir, les mains sur les hanches, grognant, soupirant ou souriant après l’air du temps. « L’air du temps » : voilà le grand sujet. La belle affaire…

Le projet de Jeanne Labrune est à mi-chemin entre la chronique mondaine et l’anthropologie behavioriste, mêlant adroitement à son goût échevelé du casting pléthorique et riche en contre-pieds (ici, Jean-Pierre Darroussin et Sandrine Kiberlain en époux énervés, Dominique Blanc en suceuse débonnaire, Mathieu Amalric en businessboy pathétique), une science de l’étude comportementale basée sur le détail anodin : tout « fantaisies » qu’ils sont, les films parlent de nous, c’est ça l’astuce follement épatante (mais au fait, c’est qui ce « nous » ?). Comme le toutou de Pavlov, les personnages ont besoin d’un détonateur pour s’agiter ; ici une commode (Ça ira mieux demain), là un bouquet (d’où le titre : « C’est le bouquet ! »). Une fois l’os déterré, la valse se met péniblement en branle.

On parle, on se chicane, on quiproquote à fond, on dodeline de la tête, on régurgite quelques bonnes répliques, on se laisse tomber sur le divan, épuisé par le rythme trépidant de la vie au XXIe siècle (la vie est folle, la vie est belle) et on n’oublie pas -quand même- le Lumpenproletariat, qui apparaît sous les traits croquignolesques d’un groom vindicatif. L’horreur terminale de ces petits bourgeois feintant l’engueulade dans la salle de bain, les yeux ronds de Sandrine Kiberlain tirant au clair son rapport au tiers-monde, Darroussin en slip aux prises avec des objets indomptables (les petits tracas de la vie quotidienne) : la seule chose captée par le film, à travers une vulgarité sans nom dont il se repaît, c’est l’essence d’un état d’esprit petit-bourgeois pas vraiment reluisant. C’est peut-être ça, « l’air du temps » ? Ce serait l’bouquet.