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4
sur 5

L’important c’est de gagner. Pour les candidates du concours de beauté de Mount Rose, petit bled du Minnesota, Pierre de Coubertin n’a jamais existé. Seule la victoire compte : être première car « Jésus aime ceux qui gagnent ». Arrivisme, conformisme idéologique, dictature d’une esthétique à la poupée Barbie sont autant de « valeurs » incarnées par des candidates fières d’être américaines. A la tête de cette petite armée de soldats obéissants se trouve Becky Leeman (Denise Richards, qui après Starship troopers de P. Verhoeven est décidément parfaite en icône de l’Amérique toujours gagnante). Elevée au grain pour réussir dans ce vaste monde et n’en doutant pas un seul instant, cette présidente du club de tir luthérien empeste la perfection. Maman (Kirstie Alley également parfaite, à l’image du casting du film particulièrement judicieux) organise la compétition, et fifille mérite sa place en haut du podium, même si ça doit mener certaines concurrentes directement à la morgue.

De gentille tradition locale digne de figurer parmi les rubriques du journal de J.-P. Pernaud, la manifestation se transforme en véritable affrontement dont peu sortiront indemnes. C’est très méchant, très cruel, pas toujours très fin et donc particulièrement jouissif. Présenté sous forme de faux reportage, Belles à mourir ose tout, et plus encore. Une ancienne candidate vante dans une pub les mérites de l’usine locale spécialisée dans la fabrication de saucisses, la reine de l’année précédente, conviée aux festivités, arrive en fauteuil roulant car souffrant d’anorexie, l’ensemble du film est de cet acabit. La forme « documentaire » permet certes de réaliser un portrait peu flatteur de l’Amérique profonde mais n’évacue pas pour autant la kitscherie, le mauvais goût de ce genre de manifestation. Le char monumental en forme de cygne confectionné spécialement pour la parade (par des Mexicains, ils sont tellement moins chers, quelques tacos suffisent…) vaut à lui seul le détour. Le clou du spectacle demeure cependant le concours en lui-même, véritable cortège de costumes et de numéros lamentables. Belles à mourir est une comédie particulièrement jubilatoire qui nous fera désormais regarder les chapeaux de Mme de Fontenay d’un autre œil.