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2
sur 5

Premier long métrage tourné en langue inuktitute avec une troupe de comédiens et une équipe technique entièrement composées d’Inuites, Atanarjuat… est un petit miracle cinématographique. La preuve que l’on peut encore réaliser des films loin des grands centres économiques mondiaux, dans les endroits les plus reculés de la terre. Pour autant, ce statut quelque peu honorifique n’est pas en soi un gage de qualité. On évitera ainsi toute condescendance mal placée afin de juger ce film sur un plan critique et non selon un pseudo-humanitarisme bienveillant.

Principal constat, Atanarjuat… ne mérite pas sa Caméra d’Or récoltée lors du Festival de Cannes 2001. Ce trophée qui récompense le meilleur premier long métrage apparaît en effet déplacé au vu de la réalisation du film, assez classique, voire tâtonnante, en aucun cas la preuve de l’émergence d’un nouveau cinéaste. Tourné en vidéo numérique à cause des températures exceptionnellement froides ne permettant pas l’utilisation de la pellicule, ce long métrage est en fait le fruit d’une entreprise collective mobilisant toute la communauté inuite. Le film est ainsi né du travail de neuf scénaristes qui ont recueilli les récits oraux des anciens sur la légende millénaire d’Atanarjuat et ont réussi à les compiler au sein d’un même scénario. Résultat, une épopée de près de trois heures qui raconte les déboires d’une tribu d’Inuites en prise avec le mal.

Malgré l’appréhension qu’elle peut faire naître chez le spectateur occidental déjà un peu effrayé par la nationalité exotique du film, c’est bel et bien la durée qui est la plus grande réussite d’Atanarjuat… Sans se soucier des lois du marché, Zacharias Kunuk compose ainsi une histoire en forme de conte initiatique usant avec une fraîcheur toute naïve de traditionnels ressorts dramatiques tels que l’amour ou la jalousie. Car le film impose finalement sa propre temporalité par l’organisation de son récit selon une sensibilité particulière. De la même manière que les esquimaux disposent d’environ trente mots pour désigner le blanc, les créateurs d’Atanarjuat… organisent le temps du film selon des priorités différentes, vierges de toutes influences récentes, un peu comme si on était revenu aux premiers temps du cinéma. A défaut d’être une révélation cinématographique, Atanarjuat… est alors l’occasion rare de plonger dans l’imaginaire collectif d’un peuple méconnu. Une agréable escapade anthropologique sur grand écran, ni plus, ni moins.