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2
sur 5

Après la désastreuse tentative de Zidi, Claude Berri a choisi de faire peau neuve et de mettre Alain Chabat aux commandes de cette superproduction, histoire de rafraîchir le comique à la papa de Goscinny en lui insufflant une bonne dose d’humour « Nul ». Ecrit par Chabat lui-même, fort d’un casting qui réunit tous les comiques valides du moment, Mission Cléopâtre est un produit hybride, singulier dans le paysage cinématographique. En effet, c’est une sorte de melting-pot audiovisuel. Les stars de la télé s’y bousculent, et Canal, il fallait s’y attendre, s’y taille la part du lion. Mais c’est aussi le havre de tous les déshérités de la comédie française, bien mal en point depuis quelques années. Vaste banquet de la profession, Mission Cléopâtre abolit les frontières entre les différentes contrées de la culture populaire et cherche à réconcilier les générations : à l’univers d’Uderzo-Goscinny (ici réinventé et en fin de compte mieux respecté que dans le film de Zidi) se joint le comique télévisuel de Chabat et de tout son star-system, ainsi que les valeurs sûres de l’humour populo, héritiers déjà lointains du Splendid.

Ainsi, les facéties de Jamel et les monologues déjantés d’Edouard Baer côtoient quelques anciens (Gérard « has never been » Darmon, et Claude Rich, grimé en Panoramix et dont la fin de carrière est inquiétante pour sa postérité). On retrouve bien sûr l’inévitable duo de choc, les irréductibles « visiteurs », ici mieux nommés que jamais. En effet, le tandem Clavier-Depardieu, parachuté par la production, se contente de quelques pathétiques apparitions, sur lesquelles Chabat -et c’est tant mieux- n’a pas souhaité renchérir. La première moitié de Mission Cléopâtre, riche en trouvailles chabatiennes, fonctionne sur une série de décalages plutôt réjouissants. Ainsi piratée, l’énorme production montée par Claude Berri devient un vaste terrain de jeu où chacun fait son tour de piste. L’ex-Nul prête sa diction débonnaire et sa silhouette ectoplasmique à César, et s’offre comme partenaire Monica Belucci, dans la rôle de la reine Egyptienne. Le scénario repose sur un pari stupide entre eux, dont l’architecte Numérobis (Jamel Debbouze) fait les frais : il doit construire un palais en moins de trois mois, et démontrer à César que les Egyptiens sont encore des maîtres en la matière. Incapable de tenir ce délai, sous la menace de la reine et d’un concurrent jaloux, il se rend en Gaule pour solliciter l’aide des irréductibles Gaulois et de leur potion magique. Les clins d’oeil fusent, comme les vannes décalées et les incontournables jeux de mots sur les noms propres. Chabat n’a rien perdu de sa verve, les fans y trouveront leur compte.

Mais ils seront aussi forcés de reconnaître que l’humour « Nul » n’a jamais fait merveille sur grand écran. Tout comme dans La Cité de la peur et Didier, le comique s’essouffle, les idées se raréfient, et l’ensemble, répétitif et potache, perd peu à peu son originalité. Certes, Mission Cléopâtre marche d’avantage sur les traces des Monthy Python et de La Vie de Brian que sur les précédentes réalisations de Chabat. Mais avec ce budget colossal et visant trop ouvertement le succès, le film s’égare dans le grand spectacle et souffre d’un ton dilué et démago. L’ennui pointe son nez dans la deuxième moitié du film : il n’y a plus d’acteurs, mais seulement des comiques, incapables de tenir la longueur (qui a envie de voir Jamel Debbouze gesticuler pendant une heure et demie ?). La leçon est bonne à tirer, une fois pour toutes, quelque soit le succès de Mission Cléopâtre : les ressorts télévisuels au cinéma enfantent de bons produits, mais rarement de bons films.