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sur 5

L’histoire, la true story plutôt, d’Alan Conway, folle tordue et petit escroc qui, en se faisant passer pour le prétendument fantomatique Stanley Kubrick, soutira à quelques naïfs des sommes plus ou moins considérables qui lui permirent -c’est la thèse du film- d’entretenir une garde-robe des plus extravagantes et de dragouiller quelques minets. Qui furent ses victimes ? Hard-rockers débiles, chauffeur de taxis indiens sympa, restaurateur surendetté, chanteur pour mémé tendance Michou, etc. Du menu fretin, des embrouilles petites, des histoires minables. Soit pile le niveau du film, sorte de Cage aux folles pas fraîche où gesticule en petit prince un John Malkovich cabot en diable, sans invention aucune sinon un goût pour la parade de poulailler. Pathétique spectacle.

Qu’on ne vienne pas nous chercher des noises parce que le film est produit par Besson. Appelez-moi Kubrick correspond à l’idée qu’il se fait du cinéma, celle qu’il tente d’imposer. Brian Cook, le réalisateur, fut l’assistant de Kubrick. Ça, c’est pour le côté respect / big up du film. Grosse caution moisie doublée d’une ribambelle de clins d’œil veloutés comme des parpaings, style : en ouverture du film, deux punks de carnaval, l’air pas commode, sonnent à la porte d’un couple de petits pépés-mémés, le tout sur la musique d’Orange mécanique, yeah. On en est là, avec un film qui se pare d’une triste logique de rentabilisation / gadgetisation d’une figure telle que Stanley Kubrick. Appelez-moi Kubrick colle parfaitement à son sujet, qui fait du spectacle son spectacle, tautologie molle où il barbote avec satisfaction.

Dans le détail, la catastrophe est encore plus totale, le film avance par bégaiement de son pauvre pitch (le cycle « I’m Stanley Kubrick » / « no kidding ! » / escroquerie) et au final se contente d’un surplace absolu, où il peut donner libre cours à son rance petit fond de commerce : les folles et leurs pantalons roses, leurs foulards fantaisies. Boursouflé par sa redondance, crétin de long en large, le film se satisfait grandement de son humour de fin de banquet, et se résume au défilé de Malkovich changeant de tenue à chaque plan. La nullité lui sort par la bouche quand, gémissant aux pieds d’un amant qui l’a démasqué, Alan Conway râle : « je me déguise en Kubrick pour me fuir moi-même ! ». Sentiment pas très agréable que le film prend ses spectateurs pour des abrutis.