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3
sur 5

Y a-t-il une alternative à la Besson’s touch pour faire un thriller français ? Peut-être. Anthony Zimmer tente une autre direction, pas novatrice pour deux sous mais au moins différente. Et vu le contexte Rivières pourpres ou autre Empire des loups, cette simple variante suffit déjà à rafraîchir le genre. Fini, donc, le fantastique glauquo-franchouillard et les rangs d’oignons de képis bleu marine. Le nouveau venu Jérôme Salle cherche lui aussi à plaquer Hollywood sur la France, mais pour s’inscrire dans un glamour formel, un retour à l’élégance perdue des mythiques années 60. Ici, on nage dans les symboles forts de l’exception culturelle tricolore (Sophie Marceau, le TGV, les palaces de la Côte), mais on les filme sous le prisme un peu toc-désuet d’un cinéaste exilé. Les références à Hitchcock (beaucoup de Marnie, de Main au collet ou d’Inconnu du Nord Express) y surabondent, un peu comme un code d’accès, un rappel à l’ordre pour le spectateur.

L’intention est sympathique, trop presque, tant elle supplante un peu le film qui en oublierait presque de se déployer. Comme si l’élève ne voulait, sinon égaler, dépasser le maître. Car bonheur palpable il y a de filmer les jambes de Sophie Marceau comme celles de Tippi Hedren ou de faire enfiler à Yvan Attal des costars de luxe, mais difficile de réutiliser ces images à des fins purement narratives. Sûrement par excès de prudence, Salle préfère assurer le suspens par un whodonit bancal, un rien fumiste, avec effets de manches et mystère éventé sur un personnage de mystérieux roi des voleurs un peu confit. Dommage, car cette foi immodérément flippée dans l’écriture affaiblit notoirement la virtuosité de la mise en scène. A cela, deux conséquences : la paralysie, où hormis un excellent tour de force (la poursuite d’Yvan Attal) le film ne tente plus rien sans rebondissement dramatique et se sclérose lentement dans le story-boarding. Et une vacuité certaine, un peu grippante : maladresse du jeu des acteurs qui ne savent pas toujours sur quel pied danser, chichis stylistiques.

Reste le rythme général que Salle parvient à conserver grâce à une solidité de faiseur. C’est au moins l’effet positif de la structure, que le cinéaste exploite franchement pas mal, surclassant les clippeurs vulgaires à la Nahon, Krawczyk ou Dahan : on se fout sûrement qui de Marceau ou d’Attal est le manipulateur, mais la simple dynamique du chasse-croisé suffit à préserver la tension. Là encore, c’est ce mélange de naïveté et de modestie qui prévaut : joie d’explorer les décors luxuriants (berlines de luxe, villa cubiques de la Riviera), jouissance d’insérer le décor de double-fonds ludiques (le placard coulissant de la planque pouilleuse qui fourmille de costars griffés). Bref, plaisir immodéré de faire à la manière de, simplement de s’y inscrire. On le tient peut-être notre bon artisan français…