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1
sur 5

En choisissant d’adapter au cinéma le roman de Brendan O’Carroll, The Mammy, Anjelica Houston semble avoir voulu réparer une injustice : que l’Irlande soit uniquement évoquée par le biais du conflit religieux qui l’agite. Cette honorable intention de départ provoque malheureusement dans Agnes Browne un effet inverse, tant le parti pris de montrer ce pays sous son plus beau jour vire à la bêtise. De l’ambiance des marchés populaires aux affichettes de rues pittoresques citant avec ostentation les artistes d’antan, le film rassemble tous les clichés maladroits d’une reconstitution historique trop apprêtée. Bien pire que ce calque passéiste, la vision que nous propose Anjelica Houston des années soixante en Irlande relève d’un point de vue trop univoque pour être honnête. On découvre ainsi qu’il faisait finalement bon vivre dans ce pays, même si on était sans le sous, malade, et mère de sept enfants ! Avec une naïveté avoisinant l’ignorance têtue, Anjelica Houston nous présente la vie des pauvres gens sous un jour résolument optimiste, en mettant l’accent sur l’humour et l’exercice des vannes auquel se livrent « les bourrus, mais finalement gentils Irlandais ». Nous avons ainsi droit à une kyrielle de répliques cinglantes, peut-être le seul bon point du film.

En choisissant d’incarner le personnage principal, Agnes Browne, cette mère courage exemplaire, Anjelica Houston pêche aussi par manque d’humilité. En concentrant toute l’action sur son personnage, l’actrice nous donne l’impression d’assister à une performance destinée à nous étaler les multiples facettes de son jeu. Ce penchant narcissique pour le one woman show contribue à affaiblir le discours du film, qui ne dépasse finalement jamais l’univers des contes de fées, comme en témoigne la fin euphorique au concert de Tom Jones. Si Anjelica Houston ne prend aucun risque avec son personnage toujours digne, la mise en scène est quant à elle en deçà de toute idée de risque. En un mot, elle est inexistante.

Agnes Browne appartient à cette catégorie de films qui plaquent un romantisme vulgaire et sans nuances sur des situations de vie qui ne le sont jamais. Et c’est bien là le défaut majeur du film : faire du cinéma en oubliant qu’au départ il y a la vie…