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Mission : à Casablanca, empêcher une livraison d’armes russe de prendre la destination de l’Angola, où elles serviront à armer de terribles rebelles. Vincent Cassel et Monica Bellucci, agents secrets, prennent les choses en main. Après avoir réalisé un thriller hyperdocumenté sur la traque d’un serial-killer (Scènes de crimes), Frédéric Schoendoerffer se lance dans le monde méconnu (pour nous, pauvres ignares, mais pas pour lui) des agents secrets. Pas la face connue du métier, donc, vue dans mille autres films, mais celle que l’on n’attend pas : voyages, pauses-café, tourisme en attendant de passer à l’action.

L’idée a priori est sympathique, mais comme dans Scènes de crimes, ne tient pas la route plus de quelques plans. La faute à la vanité de Schoendoerffer, masque de prétention qui ne parvient aucunement à faire oublier ses hallucinantes lacunes techniques. Montrer la vie terriblement simple des agents secrets, William Friedkin l’a déjà fait, il y a bientôt vingt ans, avec l’extraordinaire Police fédérale LA. Bien avant encore, Les Flics ne dorment pas la nuit de Richard Fleischer (1972) démythifiaient le polar sans pour autant en oublier les fondements : maîtrise implacable des ressources documentaires, style imparable. Schoendoerffer ne possède ni l’une ni l’autre de ces qualités, et se retrouve devant son sujet comme face à une grande page blanche. Quand les agents secrets ne remontent pas à la source d’un trafic de drogue, que font-ils ? Visiblement rien : ils bronzent sur la terrasse d’un hôtel, draguouillent comme dans un film de Max Pécas ou sautent en parachute pour le plaisir.

Voilà à quoi se résume le film. Cette pied-nickelésation du métier est bien sûr la pauvre parade à l’incapacité du cinéaste de déjouer les attentes du grand modèle hollywoodien. Pathétique effet de manche, rebond épouvanté devant les lois du cinéma de genre le plus basique. La moindre scène d’action, nécessaire pour légitimer le budget délirant d’une telle pochade, convoque musiques tonitruantes ou pompières (hard-rock ou symphonie), le moindre personnage, pris dans sa vie de tous les jours, porte lunettes noires et costard type Men in black. Cette dichotomie entre la pause (café ou buvette) et la pose aurait pu faire le charme comique du film, à l’image des scènes de déguisement (Cassel se déguise en touriste, puis en cycliste espagnol) tout droit sorties d’un film de Pierre Richard. Mais qu’on ne s’y trompe pas : tout cela est sérieux, très sérieux, et Schoendoerffer demeure à ce jour le plus triste et le plus grotesque des régénérateurs du cinéma de genre à la française.