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2
sur 5

On attendait beaucoup du premier long métrage de Philippe Ramos, révélé par ses remarquables films de court et moyen formats, notamment Ici bas et L’Arche de Noé. Sans doute trop. C’est toujours la même histoire, on voudrait qu’un cinéaste refasse sur plus long ce qu’il a réussi sur plus court -autant le condamner à la paralysie. Or, Philippe Ramos a visiblement désiré s’écarter -un peu- de cette voie toute tracée au risque de se perdre en route. On ne pourrait guère le lui reprocher, même si cet Adieu pays déçoit mais séduit quand même, en insistant, et nous fait paradoxalement attendre avec plus d’impatience encore la suite. Si L’Arche de Noé et Ici bas lorgnaient avec inspiration du côté d’une sorte de naturalisme ascétique aux tonalités bressonniennes (pour aller vite), Adieu pays est nourri essentiellement par le western, dont il serait un avatar rural et vert : un village, une étrangère qui sème la zizanie, un homme séduit, des rivalités ancestrales, des brigands, des duels, etc. Cela commence par la mort d’un père, laissant ses deux fils, Vincent et Serge Nortier, diriger la scierie familiale, et par l’arrivée d’une jeune femme, Carole Barthoulot, hébergée par son oncle, ennemi juré des Nortier. On devine la suite : un amour qui vient bouleverser le village, deux frères déchirés, un désir de partir, loin.

Très vite, on sent que le film aura du mal à se défaire de ce scénario balisé à l’extrême pour s’échapper vers quelque chose de plus inattendu : un western abstrait et décalé où Philippe Ramos pourrait laisser libre cours à son talent de pure mise en scène. Adieu pays est engoncé dans cet habit narratif trop étroit, avec ses coutures trop visibles, ses poches trop grandes où l’on se perd en situations sans relief, maladroites et mécaniques. Le tissu, pourtant, est assez beau : le cinéaste ne renonce à aucune de ses aspirations esthétiques, et rattrape parfois, d’un cadrage, d’une lumière, d’un plan fixe crépusculaire, l’insipidité de certaines scènes. Mais toujours il manque au film un son, une couleur, quelque chose d’instinctif et d’immédiat capable de le faire décoller. Adieu pays devient presque crispant à rester ainsi dans un état permanent d’entre-deux, entre ce qui l’attire -un vrai parti-pris formel qui déboucherait sur une forme d’étrangeté brute et forestière- et ce qui le retient -la tentation d’en rester à un décalque de western englué dans la mollesse du film de famille figé. Il n’y a toutefois pas de raison de s’inquiéter : une fois véritablement lancé, le cinéma de Philippe Ramos ira très vite.