Film secret et miraculeux, le premier Roy Andersson (1969) ressort en salles. Esseulé dans l’oeuvre du cinéaste suédois (connu pour Chansons du deuxième étage et Nous les vivants), touché par la grâce, A Swedish love story rayonne de la lumière du Nord et de la liberté d’une autre époque.

Une histoire simple d’amours enfantines : Pär et Annika, entre 14 et 16 ans, se rencontrent pendant l’été. L’adolescence, auréolée d’enfance, évite les clichés et navigue entre deux âges. Cet équilibre sans doute doit beaucoup au choix des acteurs : Rolf Sohlman (Pär), bouclé blouson noir, dont le sourire poupon balaye la pose de caïd ; et Ann-Sofie Kylin (Annika est malheureusement son seul rôle au cinéma), sublime incarnation de la beauté juvénile. Filmés avec une grande attention, il émane du visage changeant de l’actrice et des immenses miroirs de ses yeux bleus une innocente gravité.

A la fois totalement transparent et chargé d’émotions souterraines, le film tient la demi-teinte. La musique de Björn Isfält, lente balade sucrée, tempère la dramatisation, l’amène progressivement comme dans la très belle scène du terrain de foot où Pär abandonne Annika en larmes sur le sable pour revenir du fond du plan sur sa moto accompagné par la musique qui s’amplifie peu à peu jusqu’aux retrouvailles. Doucement mais sans mièvrerie, le scénario tisse une idylle sans revers. Et sans doute, est-ce la lumière, le climat suédois qui confèrent cette tonalité vaporeuse à chacun des plans. Verdure, blondeur, soleil rasant, brouillards du petit matin, l’image brille, fume, irradie. L’été suédois, lumière sans heure, propage un air vibratile, nimbe les corps et les visages et produit une sorte d’ivresse solaire avant que la saison ne replonge dans la nuit. Topos scandinave par excellence, l’hymne à la lumière s’accompagne d’une brumeuse mélancolie.

Andersson évite pourtant largement l’angélisme. Quelque chose du réalisme de Pialat se retrouve dans la manière de filmer la jeunesse, la famille, la nature, d’ancrer la beauté dans le réel. Le gamin est apprenti garagiste, la fille vit avec ses parents dans un minuscule appartement. Une légèreté presque documentaire conserve un ton ludique un peu Nouvelle Vague (jeu d’enfants en gros pulls dans la forêt et en chemises sur le lit), et laisse filtrer des imprévus, des scènes fulgurantes et sans suite, témoins d’une grande liberté. Et si l’âge d’or adolescent diffuse sa magie autour de lui, la crise adulte disséminée au cours des scènes de groupe, dans les personnages égarés de la tante (Eva) et des parents, fait le contrepoids : la très bergmanienne féérie fugitive et tragique de la dernière scène. Cette ressortie devrait en illuminer plus d’un, heureuse découverte, présent doré pour nos étés sans soleil.

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