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3
sur 5

A mort la mort ! est une fable autobiographique, un journal intime vu à travers le miroir déformant de la représentation cinématographique. La vie du scénariste, réalisateur et acteur principal Romain Goupil en est le moteur principal, car réalité et fiction sont mêlées dès la scène introductive.
Des rescapés du temps passé se rassemblent à un enterrement. Un temps où ces protagonistes disaient « nous » plutôt que « je ». Il y a là Daniel Cohn-Bendit, Edwy Plenel, Henri Weber, André Glucksmann et d’autres, dont le héros, Thomas. Thomas a une femme splendide, Hermeline (interprétée par Marianne Denicourt), et de multiples maîtresses (toutes les autres interprètes féminines du film). Après chacun des enterrements qui rythment le film, il honore l’une d’entre elles. Le sexe contre la mort, comme seule réponse à la disparition des derniers éléments du groupe. Pour mettre en scène ses interrogations sur la nécessité de l’engagement politique ou conjugal, Goupil n’a pas lésiné sur la mise en scène. Il nous montre les rêves et les fantasmes du héros. Ces passages sont amplifiés par le jeu, ou plutôt le non-jeu de Romain Goupil acteur. Lors d’un de ses cauchemars, il confie : « oui j’ai milité, mais maintenant je suis moi, je ne suis plus les autres ». Pourtant, au sein du film, Romain Goupil, incorrigible, empile des dialogues en forme de slogans. Il y a Véronique qui avoue être « une déçue du futur », ou Thomas songeant qu’ »il faut devenir nostalgique du présent », ou encore que « dire je t’aime, c’est pathologique ! ».

Ce qui est touchant, au-delà de cette confession à peine déguisée, ce sont les informations qui affleurent directement : par exemple lorsque Thomas raconte que le premier livre qu’il ait édité s’intitulait Mourir à trente ans (documentaire de Romain Goupil réalisé en 1982 qui retrace déjà l’histoire de ceux de 68, aujourd’hui considérés comme des « soixante-huitard », fantômes d’une révolution qui ne vit jamais le jour).
C’est quand il s’éloigne de cette réalité qu’A mort la mort ! devient anecdotique. Le seul point faible du film étant constitué par un semblant d’intrigue annexe -un ancien militant persécute une copine. De messages anonymes en incendie volontaire, ce trublion ne parvient pas à s’insérer dans l’histoire. A mort la mort ! n’avait pas besoin de ce subterfuge pour retenir l’attention du spectateur. Sa valeur est ailleurs, dans le désir de Romain Goupil d’être de film en film le ciment de cette communauté. Sa réussite est à chercher dans la scène finale. Les 300 figurants présents à l’écran ne sont autres que les amis du réalisateur invités à chacune de ses projections…