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sur 5

Il y a deux-trois ans, les producteurs français se sont affolés autour d’un prétendu come-back du cinéma de genre. Des boîtes comme Fidélité ont cru, à cause d’un accidentel succès (l’atroce Promenons-nous dans les bois de Lionel Delplanque), avoir acquis un savoir-faire dans le domaine. Au lieu de quoi, sont sortis à tour de bras des films éclopés, séries B proches du Z, confiées à des tâcherons (à de très rares exceptions près, comme Maléfique d’Eric Vallette). La vague est retombée. Les gens de Fidélité sont retournés à ce qu’ils savent faire : des comédies démagos (Podium) ou le néo-Lelouch / Fassbinder / Sautet -rayer la mention inutile- de cet habile petit malin d’Ozon. Avec le retour du polar français qu’on essaie aujourd’hui de refourguer, les données sont différentes puisqu’après le semi-succès du Convoyeur, c’est la Gaumont, une major française, qui insuffle beaucoup d’argent dans le second film d’Olivier Marchal.

Aucun doute sur la sincérité de ce garçon, ancien flic et véritable cinéphile. Pas certain, en revanche, de l’intégrité de ces commanditaires, qui après avoir frôlé la faillite en finançant des comédies miteuses que personne n’est allé voir, tentent de se refaire la main avec 36. Les contradictions entre les envies du réalisateur (faire à la fois un film franc sur les us et coutumes d’une profession et du vrai cinoche populaire) et celles de la production (se renflouer) apparaissent tout au long du film. D’une affiche mettant en avant deux stars françaises, Depardieu et Auteuil, tout en lorgnant sur celle du Heat de Michael Mann, à un résultat devant se dépatouiller d’un cahier des charges imposés. 36 a le flingue entre deux chaises : voilà à la fois une excellente chronique des moeurs policières, rêche comme le casting de gueules dans les seconds rôles (Françis Renaud -meilleur de film en film-, Daniel Duval, Vincent Moscato…) et une commande censée être diffusable en prime-time sur TF1 un dimanche soir à moyen terme. D’un côté, Marchal refuse de faire un Navarro de luxe ; de l’autre, Gaumont, pour s’assurer un gros retour sur investissement lors des diffusions TV, n’accepte pas la moindre interdiction qui ferait basculer le film en seconde partie de soirée. 36 souffre donc de ce surf entre volonté d’authenticité et obligation de résultats, et aligne des autant moments de bravoure que de séquences ridicules : une belle franchise de ton dans la première partie, du nanar téléfilmesque dans la dernière. Un peu encombrant quand on vise le Durringer de J’irai au paradis car l’enfer est ici et qu’on doit finalement se contenter du Robin Davis de La Guerre des polices. Qu’on lit Joseph Wambaugh mais qu’on donne des dialogues de sous-Audiard à Dussolier en chef de la police, façon Brigades du tigre, la moustache en moins.

Je suis tombé récemment sur le show dominicale de Drucker ou Denise Fabre signalait que 36 l’avait secoué comme peu de films. Elle doit pas regarder souvent la télé, Denise. En tous cas pas des séries télés comme The Shield ou même des téléfilms français comme A cran. Des choses qui secouent vraiment dans le commissariat télévisuel géré par Julie Lescaut. Des choses qui prennent malheureusement plus aux tripes que 36, parce que mû par l’envie et la vision commune de producteurs et d’auteurs. Le film de Marchal a toutes les chances de marcher, tant mieux pour son réalisateur qui a un vrai potentiel. Mais tant pis pour les spectateurs qui auront été privés par Gaumont de ce qu’aurait vraiment dû être ce film. La maison prépare déjà la suite en ayant sous le coude deux adaptations de bouquins de Jean-Christophe Grangé, à commencer par L’Empire des loups, réalisé par Chris Nahon, yes-man notoire (Le Baiser mortel du dragon). De quoi enclencher une probable vraie série noire pour le polar français.