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3
sur 5

Bien sûr, on va voir 30 ans sinon rien pour Jennifer Garner, héroïne protéiforme de la série Alias, pour la contempler 90 minutes sans l’une de ses 223 perruques et déguisements différents. Dans l’espoir d’observer ce corps-là, si efficace, si affairé, si secoué à l’intérieur comme à l’extérieur ; l’observer pour une fois au repos, en vacances, hors de danger. Ce corps-là, en tant qu’il est celui d’une wondergirl capable de tout, est le vrai sujet de 30 ans sinon rien : traité comme un effet spécial, puissante machine aux rouages merveilleux de précision, fontaine à idée où le film s’abreuve autant qu’il le peut, même si Jennifer / Sidney Garner / Bristow garde tout au long du métrage quelques longueurs d’avance. Bien sûr, on va voir 30 ans sinon rien aussi parce qu’on raffole de ces minis comédies new-yorkaises, vues par milliers. Et tant pis pour leurs messages con-con : revanche des petits gros, mort aux bitchs, morale propre et impératifs catégoriques assénés par le dénouement -suivre ses rêves, ne pas trahir ses idéaux, rester soi-même, écouter son coeur : tous relevant d’une morale du quant à soi et de l’orthodoxie un brin tyrannique des aspirations du moi, laquelle s’origine dans l’horizon mythique de l’enfance, toujours et a fortiori ici, présentée in fine et malgré les souffrances voisines de la puberté comme un âge d’or dictatorial.

Ici, Jenna, 13 ans, toutes ses dents et un appareil, souffre-douleur d’une bande de mini-pétasses, reinettes du collège qui la font désirer ardemment d’avoir par magie 30 ans, être belle, riche, épanouie, fashion. Sans le faire exprès, son copain le patapouf de l’école lui verse de la poudre magique sur les cheveux et la voilà dans la peau de Jennifer Garner, elle, Jenna, et ses 13 ans d’âge mental. Elle est devenue bitch, fashion, sex. Et devra retrouver le chemin des sensations pures. Le film l’emporte à l’arrachée, pour une poignée de mimiques, de rouge aux joues, de sourcils froncés, une farandole de grimaces ado-ingrâtes signées JG. Pour une chorégraphie de thriller qu’elle propose et exécute, bancale, devant un parterre de fashion victims vite conquises. Pour une soirée pyjama et un fou rire réprimé en se pinçant les narines. Pour ce corps-là, qui d’une fiction à une autre, en définitive, n’est jamais au repos.