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3
sur 5

Il n’est pas sûr que 1999 Madeleine gagne à être présenté dans le cadre du projet ambitieux engagé par Laurent Bouhnik avec ce premier opus et qui consiste à suivre sur plusieurs années le quotidien des personnages croisés ici, qui feront l’objet d’une histoire principale dans les prochains épisodes. Ce côté « feuilleton de la vie », cette démesure à la Lelouch cadrent mal avec la sobriété du film, sa précision. Comme si un postulat grandiloquent, un programme généraliste du genre « Comment vivent les hommes ? » venaient gâcher la modestie de l’approche, la concentration du regard sur Madeleine. Le film de Bouhnik n’a pas besoin de ce truc ludique pour exister ; car il est le portrait juste d’une solitude, qui renvoie moins à un hypothétique portrait collectif de la « grande famille » humaine qu’à un bloc de sensations intimes et chaotiques ne regardant que celle qui en est l’objet.

Saisie dans l’infra-ordinaire de son quotidien, dans un mouvement intime qui va de son corps aux choses, où le monde n’existe qu’à l’intérieur d’elle-même, Madeleine, incarnée par l’étrange et surprenante Véra Briole, n’est pas traitée comme un sujet « de société », mais comme un sujet de cinéma. Le film atteint souvent son but parce qu’il laisse de côté la pesanteur sociale, ou plutôt parce qu’il l’intègre aux peurs et fantasmes de son héroïne : ainsi, quand une jeune adolescente vient passer une robe dans la boutique où Madeleine travaille, Bouhnik construit toute la scène sur le regard voyeur de son personnage, pris soudain dans le vertige d’un désir qu’elle juge coupable. Le décor devient prétexte, conforme aux fantasmes de Madeleine.

Le film récent auquel 1999 Madeleine fait le plus penser, c’est sans doute Seul contre tous de Gaspard Noé. Même si Bouhnik ne cherche pas comme Noé la capture à tout prix de son personnage dans les pièges sonores et visuels les plus variés, au risque d’un vrai bluff et d’un chantage à la forme très pénible, il met une belle obstination à saisir sa Madeleine sous toutes les coutures, tous les angles, en utilisant notamment une bande sonore assez passionnante et un choix dans le découpage des scènes souvent audacieux.