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4
sur 5

Ainsi, les années 50 ne se limitaient pas aux scooters, aux pantalons larges et aux zazous. De même, l’influence subie par la Ligne claire n’est pas uniquement à mettre au compte d’Hergé, mais aussi à celle de Franquin et de l’école de Charleroi. Il n’est donc pas surprenant que Chaland se soit un temps consacré au personnage de Spirou, et ce pour une reprise trop éphémère à notre goût. Ce récit (Cœurs d’aciers) figure dans ce recueil, malheureusement sans la conclusion écrite par Yann Le Pennetier, et éditée précédemment par les éditions Champaka. Cependant, quel plaisir de retrouver sans doute la plus élégante et dynamique version du petit groom qui, contrairement à Tintin, marche à pas décidés, pour ne pas dire à grandes enjambées vers les impressionnants robots évoquant ceux vus de Spirou et l’aventure, album mythique signé par Jijé, ou de Radar le robot de Franquin. Car s’il y a bien un personnage que les robots n’impressionnent pas, c’est Adolphus Claar, crée par Chaland, et que nous retrouvons au sommaire de cet album. Adolphus vit dans un futur tout en courbes et en confort. Les robots lui rendent bien des services. Peut-être même trop ! Volontiers sentencieux, notre héros n’est pas le dernier à profiter de ces aménagements. Et si lors de sa première apparition, il se montre plus égrillard que par la suite, c’est tout simplement parce que Atomax a été publié dans Métal Hurlant, alors que les autres récits étaient destinés à Astrapi. Mais restons chez Bayard Presse, avec les illustrations pour Kidnapping en télétrans, initialement parues dans Je Bouquine. On pourra ainsi reconnaître un tableau de Matisse, peintre souvent cité en référence par les compagnons de route de Chaland (Clerc, Loustal, Dupuy-Berberian), qui à son instar ont peu à peu délaissé la BD pour se consacrer à l’illustration publicitaire et enfantine.Enfin, on pourra retenir de ce volume le récit écrit par François Landon, Les cybers ne sont pas des hommes , qui évoque Blade Runner sur un mode empreint d’une ironie tragique. Renforcée par les illustrations de Chaland, cette partie de cache-cache à laquelle se livrent hommes et robots prend alors une dimension insoupçonnée.Même s’il regroupe parmi les travaux les moins connus de Chaland, ce quatrième volume constitue néanmoins une bonne introduction à son œuvre. Tout ce qui forme son univers y est présent : son dessin, d’une souplesse et d’une précision peu communes ; son ironie mordante distillée par un subtil jeu de contrastes où il adoucit et accentue tour à tour son discours moral. Et enfin, une invention graphique digne d’un virtuose. De même, tous les travaux évoqués ici sont typiques du style Atome -celui-ci raffolant de courbes, de couleurs et de formes ludiques-, révélé à l’occasion de l’Exposition Universelle de 1958.Alors, si vous êtes plus Turbotraction que Loch-Lomond, si les portemanteaux à boules colorées vous font toujours rêver, (re)lisez Chaland. Vous ne le regretterez pas.

Pascal Salamito