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4
sur 5

Le XXIe siècle fait déjà de petites incursions dans la BD. Un peu déstabilisantes, en tous cas vertigineuses, les tentatives d’Yslaire ne sont pas loin de nous bluffer. L’album est né d’une « expérience globale », d’un croisement entre un site Web et du papier. Le résultat, c’est Mémoires du XXe ciel, une œuvre qui prend racine dans la bande dessinée et qui s’évade grâce aux outils du XXIe siècle. Pour simplifier : une fois l’image couchée sur le papier, la photocopie couleur et le scanner prennent le relais. Et cela donne quelque chose d’assez stupéfiant. Certaines images sont transposées, grâce à l’ordinateur, dans des paysages lunaires, dans des cieux photographiés.
L’auteur réalise non seulement un travail de dessinateur, mais aussi de cinéaste. Il est metteur en scène, cadreur, monteur et scénariste. La genèse de l’album est déjà une histoire passionnante. En 1997, Yslaire élabore une Introduction à l’Histoire du XXe ciel, dans laquelle il présente quatre idéalistes qui font un triste bilan de la Première Guerre mondiale et décident de retrouver une philosophie et une spiritualité pour les siècles à venir. Parallèlement, Yslaire crée un site Web grâce auquel il ne se contente pas de présenter son travail, mais il gère également un service de messageries et élabore une histoire qui prend racine à la fois dans une réalité, mais aussi dans un virtuel qu’il semble parfaitement maîtriser.

Eva Stern, une des quatre figures de L’introduction au XXe siècle, reçoit quatre-vingts ans plus tard, en 1998, de mystérieux e-mail signés « @nonymous », et Mémoires du XXe ciel commencent. L’auteur des messages semble très bien renseigné sur la vie d’Eva ; il reprend des symboles qui ne lui sont pas étrangers, des souvenirs qui évoquent sa propre histoire. Une bande dessinée surprenante qui nous plonge dans un univers étrange où le passé, le présent, l’avenir, la réalité et la fiction se mêlent constamment. L’autre intérêt de cet album, c’est sa réflexion sur la place de l’Art dans le prochain siècle. Yslaire réussit à démontrer que chaque époque privilégie un mode de communication. Cette fin de siècle est dominée par une course effrénée vers de nouvelles technologies, ce qui n’interdit pas une sensibilité artistique qui puise son inspiration et son vertige dans une réalité parfois effrayante mais empreinte d’humanité.