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3
sur 5

Décidément, depuis quelques mois, Eric Corbeyran s’illustre dans tous les genres de la BD. Dernier album en date : Le Réseau Bombyce aux Humanoïdes Associés, et à présent Paroles de taulards aux éditions Delcourt. A partir d’idées et de témoignages fournis par des détenus de la maison d’arrêt de Blois, Corbeyran imagine quatorze scénarii reflétant l’univers carcéral. Chaque histoire est illustrée par un dessinateur différent. Ainsi, Etienne Davodeau, Régis Lejonc, Jean-Michel Lemaire, Marc-Antoine Mathieu, Matthys, Olivier Berlion, Christopher, Michel Crespin, Bézian, Jean-Philippe Peyraud, Richard Guérineau, Alfred, Edmond Baudoin se sont prêtés au jeu, avec talent et humilité. On sent dans cette initiative une vraie générosité, un travail d’équipe, fait d’écoute et du souci de restituer le plus fidèlement possible des expériences douloureuses. Chaque histoire est le résultat d’une rencontre entre trois personnes venant d’univers différents : Corbeyran, qui a su écouter les détenus et « scénariser » leur pensée, et le dessinateur qui propose une certaine vision de la galère. Ces condamnés ont droit à la parole, et ne cherchent pas à justifier les raisons pour lesquelles ils se sont trouvés, à un moment donné, dans une cellule à purger leur peine. Seize mois de travail ont permis à ces hommes de mieux se connaître et de faire tomber des barrières d’incompréhension. Ce que l’on retient le plus, c’est l’impression d’enfermement constant, même lorsque la personne sort de prison.

Le thème de la récidive est abordé sans complaisance. L’objectif a été atteint puisque l’album obéit à un besoin de liberté, d’évasion, une sorte de fenêtre ouverte sur l’imaginaire. Les angoisses sont diverses, les frustrations aussi. Mais ce qui est constant, c’est le besoin que ce ces hommes éprouvent à trouver un sens à leur parcours. Ils prennent conscience qu’ils ont le droit d’espérer des jours meilleurs. Une part d’eux-mêmes reste inexplorée et ne demande qu’à s’épanouir. Cet album tente de s’arrêter sur des destins et de briser une certaine logique de fatalité. Une passerelle entre des « anonymes » et nous, reste possible. Ils s’appellent Patrick, Philippe, Gianni, Jean-Luc, Dominique et André.