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Dans une interview fulgurante de clairvoyance et de franchise* -spécialement pour un jeune homme (26 ans) à qui l’on se complaît à faire une réputation d’autiste !-, Evgeny Kissin exprime son « hésitation » à aborder le deuxième concerto de Brahms, ajoutant aussitôt : « mais je crois que je le jouerai. Je joue bien le premier… » En effet, mais de quelle façon décevante ! Dans un TCE archi-comble et sans doute tout acquis à l’ex-petit prodige révélé à l’Occident par Karajan -mais pourquoi en serait-il allé autrement, quand on sait avec quel ardeur, quelle inconscience Kissin se lance dans tous ses récitals, combien de live en témoignent !-, le Russe a bâclé son Brahms comme on ne s’y serait guère attendu, sans esprit ni engagement d’aucune sorte.

A peine son pianisme fabuleux, si reconnaissable entre mille -comme jadis, celui d’Horowitz- se fit-il entendre ici ou là, dans un adagio tellement peu concerné, point du tout poétique, ou dans le final, un chouïa plus inspiré. Ajoutez à cela quelques problèmes de mise en place rythmique dans le premier mouvement, et vous comprendrez qu’il nous semblait avoir vraiment perdu notre Kissin adoré… L’orchestre et le chef, eux, n’ont pas démérité, et il fallut bien quelques Valses du même Brahms, en bis, pour retrouver le pianiste tel qu’en lui-même. On ne connaîtra sans doute pas les raisons de ce faux-pas –nobody’s perfect, et quoi qu’il en soit, on vous reparle de lui très bientôt pour un disque qu’on sait bien plus digne de lui… Jamais, en tout cas, ce concerto n’avait aussi bien porté son surnom de « symphonie avec piano… obligé » !

*Le monde de la musique, n°217, janvier 1998

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