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sur 5

L’aventure audacieuse du zouk racontée par l’un de ses génies créateurs, à l’heure où l’on finissait à peine de parier sur sa disparition. Musique populaire, transformée en médicament pour joie de vivre (« zouk la sé sèl medicaman nou ni »), ce subtil mélange de sons caribéens (gwoka, bélé, calypso…), arrosé de fausse légèreté pop (une basse des plus funk), apparaît sur les scènes du monde au début des années 80. A l’origine, une histoire de « requins de studios » (Desvarieux et les frères Décimus), complètement blasés par la routine qui menace alors l’ensemble de la production musicale afro-caribéenne. Le succès arrive très vite et Kassav le porte aux nues. Mais toute chose, affirme l’adage, connaît un jour sa fin. Ainsi, avec le temps, le marché du disque, à l’écoute des jeunes générations, avides de nouvelles sensations, s’est mise à bouder le genre : 10 % de création pour 90 % de pâles imitations, l’enjeu ne valait plus la peine. D’autant plus que le hip-hop et ses penchants rap, love & ragga noyautèrent l’affaire sur les pistes de danse.

Desvarieux, pourtant, n’a pas l’air de s’inquiéter. En enregistrant cet album entre la Côte-d’Ivoire, les Antilles, la France et les Etats-Unis, il n’avait qu’une hantise : retrouver la foi en une musique, qui sut, jadis, surprendre et dérouter, avant d’être commerciale. Le résultat mérite bien évidemment le détour. Onze titres tout en finesse, peuplés de fantômes et de fantasmes caribéens. Humour, mémoire, identité… autant de mots qui résument l’état d’esprit de cet opus, porteur de sens, en dépit de tous les clichés accumulés contre le manque de sérieux des crooners du zouk. Euphrasine’s blues sublime les souvenirs, raconte l’innocence perdue, remue les passions, apaise les colères et salue au passage ces autres musiques noires qui ont nourri le monde. A commencer par le blues. Ou encore par le Message of love de Jimi Hendrix, dont la reprise ici fait resurgir nos rêves d’amour les plus profonds. Jacob Desvarieux ne se contente bien sûr pas de défendre les couleurs qui l’ont propulsé au top avec ses potes. Il invite à la ronde des tablas indiens, excite ses guitares à coups de beat rock, ravive les flammes anciennes faites de mazurkas ou de gwokas. Il convie les amis d’ici et d’ailleurs. Kakoli Sengupta, Angélique Kidjo, Ralph Tamar, Willy Salzedo et bien d’autres encore. Sa voix, sensuelle et grave, trône sur l’ensemble. Inattendu, Euphrasine’s blues est un pur joyau. Kassav, qui prépare la sortie de son prochain album, saura-t-il en être fidèle ? L’avenir nous le dira.

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