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sur 5

Ce n’est plus un disque, c’est un collage. Une sorte de cut up où le marketing remplacerait le hasard, un cadavre exquis où l’on aurait un peu forcé la chance. Jugez plutôt. Un titre d’album et de morceau français –Bon chic bon genre– pour la French Touch, des guitares saturées et des samples à égalité pour le crossover, une voix british crâneuse évoquant Liam Gallagher pour rallier les rockers anglais sans nouveaux groupes consistants depuis des lustres, et même une vague imagerie SM bondage, peut-être pour flirter avec Marilyn Manson ou Nine Inch Nails…
Franchement, il faudrait vraiment être un drôle de petit chaperon rouge pour ne pas se méfier au coin du bois. Avec un tel package « jeune », les détails horripilants sautent rapidement aux oreilles. Campag Velocet éprouve, par exemple, les pires difficultés à sortir une mélodie de voix potable et un refrain original. Deux options possibles : soit les syllabes étirées et le ton méprisant façon Liam Gallagher, soit une sorte de rap guère plus convaincant. Dans les deux cas, on a toujours l’impression d’avoir compris le morceau après le premier couplet. Et comme les titres se ressemblent franchement, la fête tourne court.

Campag Velocet tire mieux son épingle du jeu sur certaines parties instrumentales. Bien sûr, ils s’obstinent à sonner « gros », énorme, big beat. Exactement le genre de production qui rend Be here now d’Oasis absolument inécoutable. Avec, comme si cela ne suffisait pas, un quelque chose de froid, de cold wave, dans le son de batterie. Mais ces anglais s’acharnent tout de même sur une sorte de son psychédélique (autre forme d’opportunisme, il est vrai) qui réussit parfois son coup. Ils plongent leurs guitares dans un bain de reverb et accumulent des samples tordus.

Quand la sauce veut bien prendre, ça donne un titre comme Sauntry sly chic, pas désagréable dans sa veine cool Happy Mondays. Quand une idée d’arrangement survient, Campag Velocet peut même se fendre du break flottant de Cacophonous bubblegum, où les larsens lointains se mêlent aux percussions pêchues. Mais la plupart du temps, le groupe se spécialise dans la cuisine au beurre, lourde à digérer. Et se lance dans des morceaux interminables, supposés cosmiques. L’éprouvant instrumental Skin so soft, par exemple, ferait fuir les fans les plus hardcore de Hawkwind et annonce parfaitement la fin de l’album : de plus en plus théâtrale, boursouflée et ratée. Triste disque.

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