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Qu’il s’agisse d’un panégyrique de l’autodestruction (alcool, schizophrénie, folie et suicide) mêlant la fascination morbide et la répulsion dans Les Evangiles du crime, ou d’un combat de figures de haute tragédie contre les minables profiteurs dans les Trois Parques, la plume de Linda Lê s’étrangle de rage contre toutes les manifestations de couardise et d’hypocrisie. Or là, déception, terrible déception, et bien pâle figure que Les Aubes… où cette violence épurée et la sensibilité funeste de l’écrit sont inexistantes.

Au commencement, il (le narrateur) fut l’enfant terrifié et broyé par l’étau familial : un père velléitaire, peintre avorté sans génie et une mère castratrice féroce, sans grâce, ni élan maternel. De cet enfer, une apparition fugace le sauve, celle de Forever, sage et pure ondine de l’océan (« Elle était l’Initiatrice, la Mère, l’Amante interdite, l’éternelle Passante »). Mais cette dernière succombe très vite face au mépris de la gens humanis et y laisse la vie.
Dès lors, le désespoir du narrateur se mue en quête initiatique de pureté, en une vaine poursuite de Forever, l’être aimé, jusque dans son suicide manqué et sa rencontre avec Vega, autre muse écorchée par qui elle trouve un nouveau souffle dans sa course morbide.

Dès les premières lignes, on se perd dans une imagerie pesante, faite de petites choses au goût de « déjà dit » et de « déjà mâché ». Les Aubes nous donnent l’impression d’une introspection enfantine déballée avec une naïveté ennuyeuse, malgré quelques précieux sursauts de rage et d’amertume… témoignages d’une froide et lisse lucidité portés sur un monde adulte dérisoire et toquard. Quant à la complexité douloureuse de la psyché du narrateur, elle est altérée par une énumération de poncifs : « Nous contemplions la lune et communions dans un silence que je n’avais jamais goûté avec eux. Dans cette trêve il y avait cependant une menace dont tous mes sens hérissés me prévenaient. J’avais l’impression de vivre dans un beau décor factice qui allait bientôt s’écrouler. »
On s’essouffle alors, on espère la fin, saoulé de prose poétique et malmené par ces accumulations verbeuses, paraphrastiques (« Elle était Médée, bannie de tous les royaumes (…) Elle était Electre, esclave et servante (…) Elle était aussi Ondine… »), pierres d’un style lourdement imagé ou métaphorique.

J’ai longtemps cherché la griffe vénéneuse et violemment tragique de Linda Lê dans ce personnage souffrant, ne se rassasiant que de mort et de deuil, tragiquement pendu à une apparition et noyé dans sa solitude troublée par Vega, sorte d’icône rédemptrice… Ce sera sans doute une prochaine fois.

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