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Publicitaire émérite, Kim Moon-saeng s’est attelé au projet pharaonique Wonderful days s’étalant sur cinq ans avec la ferme intention de mériter son surnom de « Harry Potter » (hum…) des effets spéciaux. Pari réussi : un grand prix Anim’arts à Gerardmer en poche, son film d’animation a « l’honneur » de sortir sur les écrans français, un an après le somptueux et miyazakien Mari Iyagi, de Sung-Gang Lee. Il est encore un peu tôt pour rechercher, dans ses deux films, ce qui pourrait constituer un semblant d’identité de l’animation sud-coréenne. On peut néanmoins y relever une indéniable filiation avec l’animation japonaise. Mais si Mari Iyagi parvenait à se détacher de l’influence éléphantesque des productions Ghibli et à faire oublier ses quelques faiblesses scénaristiques en misant sur une forme relativement novatrice, Wonderful days, quant à lui, se vautre avec complaisance dans les clichés les plus usés de la Japanim’.

Fresque SF opposant un peuple composé de petits nazillons utilisant la pollution comme source d’énergie et des parias condamnés à vivre dans la misère, l’anime de Kim Moon-saeng brasse sans complexe la plupart des thèmes ressassés par la science-fiction nipponne : critique sociale à la Gunnm, préoccupations écologiques à la Nausicaä, fascination pour les motos futuristes à la Akira. Formellement, le film doit autant à la Japanim’ réaliste (de Ghost in the shell à Blue submarine n°6) qu’aux expérimentations graphiques de Métal Hurlant (Moebius en tête). Il reprend surtout à son compte les tics les plus agaçants de l’animation japonaise : une tendance à la lenteur contemplative creuse face à sa propre virtuosité qui confine à l’autosatisfaction, la multiplication de personnages stéréotypés dispensables (la fillette aveugle aux cheveux blancs, l’inévitable triangle amoureux qui unit les trois héros). N’est pas Mamoru Oshii ou Satoshi Kon qui veut. Cette fascination narcissique pour sa propre beauté ne remplacera jamais un véritable regard de cinéaste.

Evidemment tout le monde va tomber dans le panneau, louer les qualités purement formalistes de Wonderful days. Pourquoi ? Parce que personne ne voit le film d’animation comme un objet cinématographique. On juge l’anime à l’aune de ses prouesses techniques, on reste béat devant un déluge de pyrotechnies masturbatoires. On s’ennuie. On sauve quelques scènes (un combat dans un musée, un fabuleux final en apesanteur). Et on espère des jours meilleurs pour l’animation coréenne de masse, lorsqu’elle se sera débarrassée de l’influence castratrice des grands-maîtres nippons.

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