2
sur 5

L’Oeil (Ewan Mc Gregor) est un agent secret moderne travaillant pour l’Etat, un investigateur formé aux techniques de surveillance les plus sophistiquées. Lors d’une de ses enquêtes, il se retrouve confronté à une tueuse en série, la mystérieuse Joanna (Ashley Judd). Fasciné tout d’abord, puis très vite amoureux, l’Œil poursuit sa mission en solitaire, parcourant les Etats-Unis sur les traces sanglantes des cadavres laissés par la jeune femme.

Road-movie pseudo-décalé, Voyeur est également un thriller plat et ennuyeux. La faute à des personnages sans relief dont les traumatismes passés sont censés générer la psychose : du coup, l’Œil se retrouve avec le spectre de sa fille à ses basques, une sale petite morveuse qui passe son temps à emmerder son père en sautant à la corde ou en se plaignant avec son insupportable voix geignarde. Joanna, elle, se la joue post Kim Novak, et change de perruque après chaque meurtre. L’ambivalence de la protagoniste n’est d’ailleurs pas le seul emprunt fait à Vertigo et à Hitchcock : outre la thématique du regard obsessionnel stigmatisé par le titre, Elliott travaille comme il peut (c’est-à-dire en tâcheron poseur) le motif de la spirale (clairement annoncé par l’affiche) et les dispositifs multiples d’observation.

Plus intéressante est l’idée de construire une histoire d’amour entre deux personnages ne se rencontrant que dans les derniers instants du film. Ainsi, le lien ne devient effectif que par le biais de l’image, et le cinéaste s’amuse à organiser des cadres rapprochant les héros grâce à certains artifices et trouvailles formelles (malheureusement vides d’enjeux dramatiques) : fondus-enchaînés, surimpressions, postures identiques au sein de deux plans consécutifs… Joanna finit par être immergée au cœur de la vie de l’Œil, mais seulement à travers le sens de la vue, qu’elle soit prisonnière d’un écran d’ordinateur, d’un télé-objectif, ou encore de la rétine de ce Peeping tom contemporain. Lorsqu’ils seront enfin sur le point de se toucher, de se reconnaître, Joanna ne pourra que succomber : la vraie suture -la suture humaine- était impossible.

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